Exposition

Renoir et l’amour : foules sentimentales

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Renoir et l’amour : foules sentimentales

Auguste Renoir (1841-1919), “Le Déjeuner des canotiers” (détail), 1880-81, huile sur toile, 130×173 cm. © Domaine public

Le musée d’Orsay consacre en ce moment une exposition aux jeunes années du peintre Auguste Renoir, entre 1865 et 1885. Des œuvres joyeuses, peignant une bohème faite de rencontres, de rires, de fêtes et de danses… mais où l’on décèle aussi tout l’enthousiasme de Renoir pour ses prédécesseurs comme Véronèse.


 

« “C’est avec mon pinceau que... j’aime”, affirme Auguste Renoir. Le musée d’Orsay l’a pris au mot et organise une exposition dédiée à ses jeunes années, entre 1865 et 1885. Les sujets privilégiés du peintre sont alors les scènes de la “vie moderne”, les bals et les guinguettes, les rencontres amoureuses et la camaraderie, les tablées, la danse et la foule, dont le Bal du moulin de la Galette (1876) est la plus connue des illustrations. “Je sais bien qu’il est difficile de faire admettre qu’une peinture puisse être de la très grande peinture en restant joyeuse”, regrette l’artiste, longtemps méprisé. Mais il y parvient, et compose d’ailleurs ses tableaux comme des peintures d’histoire. 

Sur les épaules de géants

Voyez par exemple Le Déjeuner des canotiers (photo, 1880-1881), conservé à la Phillips Collection de Washington, qui figure parmi les prêts exceptionnels dont bénéficie ce parcours. Ce déjeuner témoigne d’un art de la composition, qu’il emprunte à Véronèse et aux Noces de Cana (1563), que Renoir adule – “Quelle merveille que ce tableau ! Prodigieux, rien que par ses dimensions. Tout y est en contradiction avec les règles admises, celles de la composition, de la perspective et même de la vraisemblance. Et tout cependant y paraît en place et vrai !”, écrit-il au critique d’art Georges Rivière. À ses maîtres, il faudrait ajouter Watteau et Fragonard, dont il reprend le motif de l’escarpolette dans La Balançoire (1876). “Je considère avec modestie, écrit-il, que mon art descend non seulement d’un peintre comme Watteau, d’un Fragonard et d’un Hubert Robert, mais encore que je suis un des leurs. […] Je vous assure qu’ils savaient qu’ils mourraient. Leur intelligence a doublé les étapes”.

“Montmartre en ce temps-là…”

Renoir met les fêtes galantes au goût de la bohème, dont il est le contemporain, au XIXe siècle. Cette posture existentielle forgée dans la précarité a bien été décrite par l’écrivain Henry Murger dans ses Scènes de la vie de bohème (1851), retraçant les déboires et les succès d’une bande d’amis composée d’un poète, d’un musicien, d’un sculpteur, d’un peintre… d’un journaliste et d’un philosophe ! L’auteur affirme en préface que “tout homme qui entre dans les arts, sans autre moyen d’existence que l’art lui-même, sera forcé de passer par les sentiers de la bohème”. Si bien que pour ces artistes, l’“existence de chaque jour est une œuvre de génie”. Car les bohèmes, “on les rencontre un jour accoudés à la cheminée d’un salon du monde, et le lendemain attablés sous les tonnelles des guinguettes dansantes. Ils ne sauraient faire dix pas sur le boulevard sans rencontrer un ami, et trente pas n’importe où sans rencontrer un créancier”.

Après l’impressionnisme

Murger et Renoir, eux, se croisent à Bourron-Marlotte, où tout deux s’établissent dans les années 1850-60. Le peintre y rend hommage à l’écrivain, qu’il fait apparaître dans Le Cabaret de la Mère Antony (1866, Stockholm, Nationalmuseum), un portrait de groupe peint à l’Auberge du Sabot Rouge, dans ce village prisé des peintres, près de Fontainebleau. Marié et père de famille, la cinquantaine approchant, le noceur finit par se ranger. Alors qu’il s’éloigne de l’impressionnisme, une seconde vie débute pour lui dans les années 1880, à laquelle Orsay consacre une exposition en regard de la première (jusqu’au 5 juillet) : “Renoir dessinateur”. »

 

Renoir et l’amour. La modernité heureuse (1865-1885), exposition au musée d’Orsay. Jusqu’au 19 juillet. Infos pratiques.

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