Une dangereuse utopie ?
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Cet article est issu du numéro 48 de Philosophie magazine « 48 - avril 2011 », en kiosque le 30 mars 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’amour, dernier pôle de résistance au capitalisme ? Oui, mais attention à ne pas le sacraliser ! C’est l’avertissement que lance Ulrich Beck, décédé ce 1er janvier 2015, dans un essai, inédit en français, “Le Chaos normal de l’amour”. Il y jette un regard critique sur cette nouvelle religion sentimentale. Extraits.
« La situation est aussi énigmatique que paradoxale : le déclin de la famille et du mariage coïncide avec leur idolâtrie. Si l’on peut déduire les comportements des croyances, cela veut dire que paradis et terreur se côtoient au plus profond dans l’idéal du couple amoureux. Peut-être ne sont-ils que deux niveaux – donjon et cave de torture – dans la construction du même idéal ? Comment expliquer que les gens désirent de plus en plus avoir des enfants, alors que les naissances reculent ? Que les divorces augmentent, mais qu’on éprouve la soif d’une idylle familiale, du paradis rédempteur que trouverait le couple ici-bas, de la parentalité, de l’amour ? Comment aboutit-on à une coexistence de la lutte des sexes, de l’émancipation de la famille nucléaire vis-à-vis des formes féodales dans lesquelles l’avait enfermée la révolution industrielle, et de l’espérance que nourrissent les gens en un amour rédempteur, une confiance, une authenticité, un accomplissement à l’aune duquel ils mesurent mais aussi réprouvent leur propre valeur et leur vie ensemble ? […]