Revue de presse
Porno darwinien
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Cet article est issu du numéro 42 de Philosophie magazine « 42 - septembre 2010 », en kiosque le 26 août 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Dans une excellente étude sur les fantasmes (1995), deux psychologues de l’université du Vermont ont conclu, entre autres, que, contrairement à ce que dit la croyance populaire (et freudienne), les fantasmes sexuels ne résultent pas simplement de désirs insatisfaits ou de privations érotiques. […] Ceux qui ont la vie sexuelle la plus active sont aussi ceux qui ont le plus de fantasmes. […]
Or nous vivons dans un monde où les fantasmes sexuels, sous leurs formes classiquement mentales, sont devenus obsolètes ; où les images hallucinatoires d’organes génitaux tressautant, de robustes lesbiennes et d’étrangers sadomasochistes ont été remplacées par une véritable palette online de gens réels faisant des trucs que nos grands-parents n’auraient jamais imaginés même dans leurs rêves les plus humides ; où des ados excités ne ferment plus les yeux pour se plonger dans l’oubli et le plaisir, mais ouvrent leurs ordinateurs à un millier de dollars pour faire apparaître une véritable actrice porno. Quelles sont, au sens le plus large du terme, les conséquences pour la sexualité de notre espèce de cette liquidation de notre habileté mentale à nous faire des représentations ? La prochaine génération sera-t-elle si paresseuse dans ses fantasmes que sa créativité dans d’autres domaines sera affectée ? Les mariages seront-ils plus enclins à se briser, en raison de ce manque d’expérience en termes de représentation et d’un manque égal d’entraînement à la fantasmatique masturbatoire pour imaginer maris et femmes, durant la copulation, comme la personne ou la chose qu’ils désirent réellement ?