Éthique

Les philosophes face au porno

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Les philosophes face au porno

Sur le plateau de tournage d’un film pornographique. © Ulrich Lebeuf/M.Y.O.P.

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Dans le champ des plaisirs coupables, fantasmes inavouables et rejet violent, le porno représente un univers complexe et immoral avec lequel on peine à se réconcilier. Les philosophes, eux aussi, participent à ce débat passionné pour ou contre la pornographie. Voici (sans jeu de mots…) leurs principales positions.

 

On peut condamner le porno en bloc, en soutenant que le consentement que les actrices (et acteurs) « croient » donner au moment de signer un contrat n’est simplement pas valide. Michela Marzano, chercheuse au CNRS et autrice de Malaise dans la sexualité. Le piège de la pornographie (JC Lattès, 2006), défend cette idée et met en garde contre « un discours séduisant sur la liberté sexuelle qui, en réalité, conduit à réduire le sexe au libre-échange et la rencontre sentimentale à un contrat, comme si le seul langage aujourd’hui compréhensible était – signe des temps – celui du rapport marchand ». Le porno n’est pour elle pas acceptable d’un point de vue éthique, car la liberté dont pensent jouir les acteurs et actrices serait une illusion : d’après Marzano, nul ne pourrait consentir à être utilisé comme objet sexuel, c’est-à-dire à renoncer à sa capacité même de consentir. Or, ce serait là exactement ce qui se joue dans bon nombre de ces vidéos : ce qui excite le spectateur est précisément que l’actrice soit privée de son libre-arbitre et devienne un pur jouet sexuel. De plus, cette objectivation donne directement lieu à de la violence, selon Michela Marzano. Présente dans une grande partie des contenus pornographiques, la violence (aussi bien psychique que verbale ou physique) est en fait le véritable objet de la pornographie, plus que la sexualité elle-même. « La pornographie engendre un monde sadique, où personne ne se soucie de ce que peut ressentir celui qui subit la violence, puisqu’aux yeux de tout le monde, il n’est qu’une chose. À partir du moment où les individus ne comptent plus que comme objets de jouissance, ils n’existent plus en tant que sujets. » La pornographie serait donc moins affaire de sexualité que de rapports de force, de domination et de pulsions inavouables. Suffisamment de raisons donc, pour l’écrivaine et femme politique italienne, de la bannir de nos écrans.

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