Au bistrot

Alain de Botton. Un grand classique

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Cet article est issu du numéro 15 de Philosophie magazine « 15 - hiver 2007 », en kiosque le 06 décembre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alain de Botton aborde avec humour et légèreté Proust ou Stendhal, Montaigne ou Schopenhauer. Comment se faire des amis, être impopulaire ou soigner son chagrin d’amour… il reformule avec succès les questions essentielles de l’existence. Mais ne lui dites surtout pas qu’il fait œuvre de vulgarisation.

Dans le registre des essais philosophiques destinés au grand public, il a inventé un genre. Une façon de formuler l’amour, le bonheur, le voyage tout en dialoguant avec les auteurs du passé. Inclassable mais reconnaissable, Alain de Botton s’est imposé avec des essais traduits dans vingt langues. À quoi tient son succès ? Au soin qu’il prend d’illustrer son propos par des peintures classiques, des photos d’artistes ou des schémas de son cru ? À son style sobre et élégant, éprouvé et sceptique ? « Une fois que j’ai choisi une question qui me pose problème ou que j’admire, je discute avec d’autres voix que la mienne pour la creuser », résume-t-il. Dans un petit hôtel néogothique de la rue Vaugirard, à Paris, ce jeune dandy parle simplement des questions graves de la vie, de son itinéraire et de ses auteurs de prédilection : Montaigne, La Rochefoucauld, Stendhal, Barthes, Ruskin… « J’ai puisé chez eux la conviction qu’on pouvait écrire de manière claire et lyrique avec une exigence intellectuelle forte. » Chez Stendhal, c’est le mélange de formalisme et de tendresse qui lui plaît, « l’association d’un juge et d’une fillette de 12 ans qui ne cesserait de pleurer ».

Né en 1969 en Suisse, installé depuis l’âge de 12 ans en Angleterre où son père travaille dans la finance, Alain de Botton étudie à Oxford et Cambridge, tout en écrivant des chroniques humoristiques pour des journaux et des revues cotées. Il caresse un temps le désir de poursuivre à l’université, mais le cadre académique éteint vite ses ambitions. « J’avais le sentiment que ce n’était pas vrai, que cela manquait d’air, de réalité. Et je ne voulais pas écrire pour des collègues sur des sujets universitaires. Ce qui m’importe, c’est de trouver les mots pour exprimer les sentiments de tous les jours de manière rigoureuse. » Il commence par rédiger des textes d’autofiction sur le thème de la déception amoureuse. En 1997, il publie Comment Proust peut changer votre vie, un succès immédiat en Angleterre et aux États-Unis. Sous l’aspect d’un ouvrage qui répondrait à des questions pratiques (comment se faire des amis, choisir un médecin, répondre à une insulte, etc.), l’auteur dévoile les leçons existentielles de la Recherche du temps perdu. Dans Les Consolations philosophiques (2001), il décline l’idée avec des philosophes. Et nous apprend comment faire face à l’impopularité avec Socrate, au manque d’argent avec Épicure, au sentiment de ne pas être à la hauteur avec Montaigne, aux chagrins d’amour avec Schopenhauer.

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