Et si… la sexualité était enfin libre ?
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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Quarante ans après sa prétendue libération, le sexe a toujours besoin de raisons, plus ou moins légitimes, pour être pratiqué. Ruwen Ogien imagine ce que serait notre vie si chacun pouvait (se) donner sans compter.
Que serait un monde où la sexualité serait enfin libre ? Ressemblerait-il à un monde dans lequel tout ce qui est sexuel serait permis ou à un monde dans lequel ce qui est sexuel n’aurait plus d’importance ? À un monde dans lequel la sexualité serait complètement libérée ou à un monde dans lequel on serait complètement libéré de la sexualité ?
Nous mettons nos capacités à donner du plaisir sexuel à la disposition d’autrui au lieu de les garder pour nous-mêmes. Pourquoi ? La réponse n’est pas évidente. Le sexe n’est pas seulement une partie de plaisir. C’est une activité qui a un certain coût psychologique, physique et même économique. C’est parce que ces coûts du sexe sont bien connus qu’on peut parfaitement comprendre ceux qui préfèrent regarder un match de foot à la télé ou se faire les ongles des doigts de pied.
Les évolutionnistes nous disent qu’il existe des -causes instinctives, liées aux intérêts de l’espèce, à notre tendance à nous engager dans des activités dont les bénéfices individuels ne sont pas évidents. Mais on ne suit pas toujours ses instincts et, de toute façon, la question qui pourrait relever de la compétence des philosophes n’est pas celle des causes (c’est à la biologie de faire ce travail), mais celle des raisons. Plus exactement, elle est celle de savoir si ces raisons sont bonnes ou légitimes. Alors, quelles sont ces raisons de mettre nos capacités à donner du plaisir sexuel à la disposition d’autrui au lieu de les garder pour nous-mêmes ?