La petite question
Pourquoi est-il si important (du moins au Japon) d’être à l’heure ? Petite philosophie de la ponctualité
Kimi Onoda, ministre d'État chargé de la Sécurité économique du Japon, le 21 octobre 2025. © Takuya Matsumoto/The Yomiuri Shimbun via AFP
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Les images de Kimi Onoda (photo), la ministre japonaise de la Sécurité économique, courant pour ne pas arriver en retard à une réunion officielle avant de formuler des excuses nationales, ont fait le tour du monde. Mais que révèle l’exigence de ponctualité, au Japon et ailleurs ? S’agit-il d’une pression collective entretenue par l’esprit du capitalisme ou la première des politesses ? L’analyse de Nicolas Tenaillon.
Le 12 mars dernier, Kimi Onoda, ministre japonaise de la Sécurité économique, est arrivée en retard de cinq minutes à une réunion officielle du gouvernement. Filmée en train de courir, puis présentant ses excuses à toute la nation avec un visage de contrition, son mea culpa témoigne d’un attachement viscéral des Japonais à la ponctualité. Mais, au-delà de la culture japonaise, l’événement interroge la nature exacte de notre souci pour la ponctualité, entre règle sociale de convenance et respect du temps d’autrui.
Une exigence morale
Ne pas faire attendre autrui est d’abord une manière de le respecter. La ponctualité est en ce sens une attitude morale qui relève de la politesse. André Comte-Sponville, dans son Petit Traité des grandes vertus (1995), y voyait d’ailleurs la première des vertus. Non pas première en valeur mais chronologiquement, elle est celle qui – quoique pauvre, voire superficielle – est à l’origine de toutes les autres. De fait, la ponctualité est une qualité qui doit s’acquérir et qu’on apprend aux enfants.
Comme le remarque Alain dans ses Propos sur l’éducation (1932), la ponctualité est une victoire quotidienne de la volonté sur la paresse et le désordre : arriver à l’heure, accomplir les tâches au moment prévu, ces petites disciplines inculquées à l’élève lui apprennent la maîtrise de soi et… le respect d’autrui.