Pourquoi ils sont nietzschéens
© Seb Jarnot pour PM
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Cet article est issu du numéro 6 de Philosophie magazine « 6 - février 2007 », en kiosque le 25 janvier 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Un écrivain, un plasticien et un musicien confient les raisons de leur attachement au philosophe allemand pour lequel l’art était l’essence de la vie.
« Le mépris pour le bétail démocratique »
Patrick Declerck
Parce que Nietzsche est d’abord l’homme qui a tué Dieu. Connaisseur par excellence en pourriture, antéchrist, médecin-guérisseur de la maladie chrétienne, contempteur de ce Jésus Le Petit, esclave revanchard, nihiliste auteur de l’infâme “bienheureux les pauvres en esprit”, escroc platonicien et cornichonnesque commis voyageur d’arrières-mondes à l’usage des vieilles filles hémorragiques, des débiles et des fatigués.
Et puis, il y a Nietzsche au haut mépris pour le bétail démocratique. Nietzsche à la haine implacable de l’homme, c’est-à-dire aussi de lui-même. Nietzsche qui n’est que crachats et injures pour les hommes-nains, homoncules démocratiques, cloportes agglomérés en grappes frileuses, frémissantes d’égoïsme, de revendications myopes, et de haine pour tout ce qui les dépasse. “La démocratie, c’est le christianisme naturalisé”, c’est-à-dire crétinisme garanti, divertissements crapuleux, nivellement du fumier par le fumier pour le fumier…
Nietzsche se méfiant, se défiant de la pitié et se jetant pourtant en pleurs au cou d’un cheval battu. Nietzsche de toutes les contradictions. Homme supérieur et humain, trop humain, raté de tous les ratages. Ami sans amis. Érotique sans femme. Musicien au désert du silence. Solitaire exilé. Errant les bras en croix, comme le Christ, son double haï et nécessaire.