États de l’Union
Hégélienne, nietzschéenne… Quelle est votre vision de l’Europe ?
Devant les eurodéputés au Parlement européen à Strasbourg le 19 janvier 2022, le président Emmanuel Macron présente son programme pour la présidence française de l’Union européenne. © Bertrand Guay/Pool/AFP
Emmanuel Macron vient de prendre la parole au Parlement européen à Strasbourg pour tracer les lignes de force de son action à la présidence française de l’Europe : réduction des inégalités de salaire entre femmes et hommes, accélération de la lutte contre le réchauffement climatique ou création de « champions européens du numérique »… Mais en-deçà des intentions, il entend promouvoir un équilibre « entre liberté, solidarité, tradition et progrès ».
Difficile de ne pas être d’accord avec ces grands principes. N’y a-t-il pourtant qu’une seule manière de concevoir l’Europe ? Les déclarations des candidats à l’élection présidentielle tout comme la présence de visions opposées parmi les États-membres de l’Union européenne montrent le contraire.
Les penseurs de l’Europe ont d’ailleurs proposé des définitions fort différentes de l’esprit européen… À vous de choisir celle qui se rapproche le plus de vos convictions.
• Pour Hegel, au début du XIXe siècle, le continent européen a inventé une construction politique inédite, fondée sur des États modernes et puissants, aux règles claires, qui garantissent pourtant les libertés individuelles. Mais faute d’une intégration plus poussée, il est à craindre que l’exaltation des États par le philosophe dans ses Leçons sur la philosophie de l’histoire ne finisse par les pousser les uns contre les autres.
• Friedrich Nietzsche, lui, redoute la construction européenne, en ce qu’elle recèle de conformisme potentiel. Il fustige l’apparition d’Européens « tous pareils et pareillement médiocres » et d’un « type d’humanité essentiellement supranationale et nomade » (Par delà le bien et le mal). Il semble tout autant dégoûté par le chauvinisme des nationalistes que par l’universalisme européen.
• Paul Valéry, qui a vu l’Europe s’entre-déchirer durant la Première guerre mondiale, regrette qu’elle ne dispose pas d’une politique unifiée à la hauteur de ses ambitions : « L’Europe n’aura pas eu la politique de sa pensée » (Notes sur la grandeur et la décadence de l’Europe). Un avertissement à Emmanuel Macron ?
• Entre les deux guerres, le phénoménologue Edmund Husserl invite les Européens à faire leur examen de conscience, à comprendre que la raison, qu’ils ont magnifiée, peut conduire à des impasses. Face à la montée des périls nationalistes et totalitaires, il ne demande pas d’abandonner le principe de la raison philosophique, mais à la réinventer, car « le plus grand danger que court l’Europe est la lassitude » (« La crise de l’humanité européenne et la philosophie »).
• Selon le philosophe et dissident tchécoslovaque Jan Patočka dans son livre L’Europe après l’Europe, l’esprit de l’Europe est également la raison, c’est-à-dire la critique et l’autocritique. Plutôt que de chercher la puissance et l’hégémonie, l’Europe doit plutôt se reconnecter avec son ouverture au monde originelle.