Entretien avec Michel Hulin

Pourquoi la philosophie n'a pas franchi l'Himalaya

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Cet article est issu du Hors-série n°30 de Philosophie magazine « Le miracle grec », en kiosque le 01 juillet 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En même temps que le miracle grec, l’Inde a connu une période d’effervescence spirituelle. Le philosophe Michel Hulin y discerne une aspiration essentiellement éthique, la naissance d’une pensée critique proprement philosophique y ayant été entravée par une société trop rigide et peu ouverte au monde. Vérité au-deçà de l'Himalaya...

Y a-t-il une pensée qui relève de la philosophie en Inde durant cette période que Jaspers qualifie de « moment axial de l’humanité » et qui voit apparaître Socrate, Bouddha, Confucius, Lao Tseu… ?

Michel Hulin / Tout dépend bien sûr du sens qu’on donne à la philosophie. Dans l’Inde du - VIe ou - Ve siècle, il existe des recueils de Dits, des énoncés qui mélangent des considérations sur le sacrifice à des observations parfois très empiriques sur le fonctionnement des organismes humains ou animaux, des litanies, et, au milieu de tout ça, des morceaux de bravoure, des aphorismes qui peuvent parfois avoir un style très socratique. Néanmoins, l’accent n’est jamais mis sur les principes. Il n’y a jamais de discussion sur les principes à adopter pour un fonctionnement harmonieux de la cité, et par conséquent un développement aussi favorable que possible des capacités humaines.

Ce serait une des grandes différences avec le monde grec de la polis. La société indienne de la même époque est corsetée par ses castes…

/ Il y a en effet une hiérarchie assez rigide, composée des brahmanes (lettrés, dont font partie les prêtres), des kshatriyas (guerriers), des vaishyas (artisans et commerçants) – ces trois groupes formant les varnas supérieurs –, et enfin des shudras, serviteurs des varnas supérieurs. Cette quadripartition de la société bloque les revendications qui iraient dans le sens de l’égalité et de la contestation du pouvoir royal. Il y a des critiques, certes. Le bouddhisme et le jaïnisme étaient en un sens des mouvements contestataires, mais pas de manière radicale et totale, car ils n’ont jamais attaqué frontalement cette vision hiérarchique et sociale. Ils ont simplement contesté la supériorité spirituelle des brahmanes en tant que telle. Par conséquent, il y a bien une pensée qui bouillonne dans l’Inde de l’époque, mais qui en même temps reste cadrée.

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