Le livre du jour
“Pourquoi le football ?”, de Stéphane Floccari
© Editions Les Belles Lettres
À l’exception d’un désopilant match Allemagne-Grèce organisé par les Monty Python, il est plutôt rare de voir se rencontrer le football et la philosophie. Les penseurs et les “footeux” seraient-ils destinés à s’ignorer réciproquement ?
Pas pour Stéphane Floccari, qui jette sur le ballon rond un regard à la fois passionné et érudit dans Pourquoi le football ? qui vient de paraître aux Belles Lettres. Constatant que « le football est partout », il s’interroge sur ce qui fait l’universalité de ce phénomène étrange qui tient à la fois du sport, du jeu, du divertissement et de l’industrie. Mais « sait-on seulement ce qu’on aime quand on aime le football ? »
Qu’est-ce que le football ?
Abreuvés de ralentis, de statistiques et de commentaires, nous risquons d’oublier en quoi consiste le football, de perdre de vue son essence, de devenir insensible à son mystère. Un brin lyrique, Stéphane Floccari propose de le définir comme « l’épopée vécue à la fois individuellement et collectivement du plaisir que peut éprouver un être humain à se jouer de la vie et des éléments […] sans autre dieu ou maître que le rebond d’une balle ».
Le sport n° 1
Mais comment expliquer que le football soit devenu le sport le plus populaire dans le monde entier ? Plusieurs raisons peuvent être mises en avant : il puise loin ses racines en Asie tout en s’étant développé avec l’Empire britannique, ses règles sont simples, il n’exige aucun équipement ni aucune surface spécifique – une vieille canette et une rue ou une plage peuvent faire l’affaire – et l’issue en est plus aléatoire que dans la plupart des autres sports.
La perfection du 0-0
Les buts, en effet, sont rares et précieux au football : il suffit d’une seule frappe pour qu’en une seconde le sort d’un match bascule dans un sens ou dans un autre, ce qui exige une attention de chaque instant chez les spectateurs. Et quand aucun but n’est marqué, ne s’est-il rien passé ? Le 0-0 n’est-il pas le résultat le plus désespérant possible ? Au contraire, c’est le résultat parfait selon Michel Platini, car il révèle la merveille d’équilibre d’un match où aucune erreur n’a été commise...
Poétique du ballon rond
Stéphane Floccari s’émerveille de l’élégance des gestes techniques, de l’intelligence des tactiques déployées, mais aussi de la beauté des sons du match, qu’on oublie souvent ; il s’interroge sur le fait que les commentateurs d’un match aillent toujours par deux et convoque Vladimir Jankélévitch pour voir dans le football une aventure où la « manière » de jouer importe autant que la gagne. Suffisant pour émouvoir les plus indifférents ? À voir, car il concède : « Le football ne peut être beau que pour qui le comprend. C’est là son point commun avec l’art. »
Pourquoi le football ? de Stéphane Floccari vient de paraître aux Belles Lettres (288 p., 11,99 € en version dématérialisée, 16,99 € en version imprimée). Il est disponible sur le site de l’éditeur, ainsi que chez votre libraire.