L’aventure d’un classique

Stéphane Madelrieux : “Le pragmatisme prend acte du fait que nous vivons sans essence ni garantie, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut désespérer”

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Stéphane Madelrieux : “Le pragmatisme prend acte du fait que nous vivons sans essence ni garantie, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut désespérer”

Illustration : © William L. pour PM

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Cet article est issu du numéro 166 de Philosophie magazine « Préférons-nous l’ordre ou le désordre ? », en kiosque le 12 janvier 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le Pragmatisme de William James ambitionne de proposer une philosophie populaire, capable de toucher le plus grand nombre. Pour le spécialiste de l’auteur américain, Stéphane Madelrieux, il propose à la fois une théorie, une méthode ainsi qu’une attitude générale propre à renouveler nos catégories de pensée en l’absence de certitude absolue.

 

« Si Le Pragmatisme n’est pas un traité en bonne et due forme mais un recueil de huit leçons ayant fait l’objet de conférences, ce n’est pas un hasard. En effet, William James ambitionnait de proposer une philosophie populaire. Au moment où il prononce ces conférences, il est déjà célèbre. Dès 1905, il entame une tournée durant laquelle le public se presse en masse pour écouter un homme déjà reconnu comme psychologue et penseur de la religion. S’il tient à s’adresser au-delà des cercles académiques, c’est parce que, à ses yeux, le pragmatisme est une révolution intellectuelle de la même ampleur que la réforme protestante. Cela montre à quel point il est convaincu que le pragmatisme est une nouvelle manière de penser qui peut être appliquée à toutes les questions, y compris les plus pratiques et concrètes, afin de toucher le plus de personnes possible.

Toutefois, William James n’est pas très satisfait du terme même de “pragmatisme”, d’abord parce qu’il sait qu’on peut lui prêter plusieurs sens, ce qui ne manquera pas de favoriser les confusions. Le premier sens renvoie à une méthode développée à l’origine par Charles Sanders Peirce. Mais James ne veut pas restreindre le pragmatisme à la méthode et cherche à en faire aussi une théorie de la connaissance et de la vérité. Il hésite d’ailleurs à employer le terme d’“humanisme”. Après tout, l’humanisme désigne aussi une doctrine qui ramène les concepts théoriques au niveau des expériences humaines. Toutefois, “humanisme” est un mot tout aussi équivoque, si ce n’est davantage, que celui de “pragmatisme”, et il circule en philosophie depuis bien plus longtemps. James se rabat donc sur “pragmatisme” pour désigner à la fois la méthode et la théorie de la vérité. Dans ces deux cas, le pragmatisme renvoie à l’idée de pratique. Mais il y a encore une ambivalence chez James, qui la conçoit tantôt en termes d’action, tantôt en termes d’expérience. Ce sont deux concepts majeurs qui ne se traduisent pas tout à fait l’un dans l’autre – l’expérience englobant notamment, outre l’action, la sensation et l’émotion. Et c’est de plus en plus vers ce sens élargi de l’expérience que James s’oriente en présentant son pragmatisme comme un nouvel empirisme.

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