Lectures croisés
Comment devient-on philosophe ?
© Avi Naim/unsplash
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Cet article est issu du numéro 174 de Philosophie magazine « La vie a-t-elle un sens ? », en kiosque le 26 octobre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Au commencement étaient les concepts, pense-t-on traditionnellement. Et si l’on prenait le problème à l’envers ? Pourquoi philosopher ne s’appuierait-il pas d’abord sur la pratique ? C’est ce que montrent brillamment les exercices inspirés par la pensée grecque de Marc-Antoine Gavray et Gaëlle Jeanmart, l’essai sur le pragmatisme de Stéphane Madelrieux et la bande dessinée de Chiara Pastorini et Perceval Barrier.
En son temps, Pierre Hadot avait déjà fait valoir que la philosophie antique constituait à l’origine un certain art de vivre, à la différence d’une philosophie moderne davantage orientée vers la transmission d’un contenu doctrinal. Quand il s’agit d’acquérir ou de fortifier la maîtrise de soi, les discours risquent même de s’avérer vains s’ils ne se traduisent pas en actes. Marc-Antoine Gavray et Gaëlle Jeanmart prennent donc Pierre Hadot au mot : dans Comment devenir un philosophe grec, ils proposent une série d’« exercices » qu’ils ont déjà pu tester auprès de différents publics, notamment dans les ateliers qu’ils animent dans le cadre du certificat en pratiques philosophiques qu’ils ont créé en Belgique, à l’université de Liège. Vous souhaitez devenir stoïcien ? Essayez de tenir « un journal ex-time, un journal où seuls les faits comptent et nullement les représentations que nous nous en faisons ». Cet outil vous aidera à prendre la mesure d’une certaine propension à dramatiser la réalité et donc à « dégonfler l’affect ». Durée estimée : dix minutes par jour. Vous êtes davantage tenté par l’épicurisme ? Faites le procès de vos craintes et examinez si elles sont réellement justifiées. Grâce à cette méditation, vous parviendrez à mieux vous recentrer sur le présent – que vous avez tendance à négliger – et à savourer pleinement les plaisirs à côté desquels vous passez. Dix minutes également ! À moins que vous ne penchiez davantage vers le scepticisme, auquel cas vous gagneriez à vous entraîner à « multiplier les points de vue ». Le but ? Mieux vous détacher de vos propres opinions qui vous font nécessairement entrer en conflit avec d’autres et qui vous empêchent d’atteindre la tranquillité de l’âme. Cinq minutes seulement, mais à condition de le travailler régulièrement… Dans tous les cas, précisons qu’il ne s’agit pas de substituer ces exercices à la réflexion philosophique mais de mieux la soutenir, de se l’approprier, voire de la déclencher – celle-ci étant indissolublement liée à ceux-là.