L’aventure d’un classique

Yves Michaud : “L’empirisme de Hume est plus que jamais pertinent quand on considère le cours des affaires humaines”

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David Hume.

David Hume. Droits d'inspiration-photo © Bridgeman, illustration : © Willam L.

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Cet article est issu du numéro 160 de Philosophie magazine « Penser, c’est dire non ? », en kiosque le 02 juin 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Simpliste, borné et superficiel, l'empirisme de Hume ? Pas pour Yves Michaud, pour qui un empiriste est tout autant ancré dans ce qui arrive (les faits) que capable d’imaginer à l’infini. Et si le « scepticisme modéré » du penseur écossais était nécessaire pour sortir de l'illusion de la raison toute-puissante ?

 

Publié en 1739 quand Hume avait 28 ans, le Traité de la nature humaine entend donner une vue systématique de la nature humaine dans toutes ses manifestations – pensée, passions, morale, organisation sociale, croyances et même art. Le modèle invoqué est celui de la physique mathématique de Newton (mort en 1727), avec la synthèse définitive (pour l’époque et longtemps encore) de tous les phénomènes physiques dans les Philosophiae naturalis principia mathematica de 1687.

À l’époque, tout le monde se réclame de Newton, mais le premier mérite de Hume – dès l’introduction de son Traité –, est de reconnaître qu’une « science de la nature humaine » sera forcément exposée à la circularité : la nature humaine s’analyse elle-même et ne peut donc se placer dans une position de surplomb.

Hume, quand il projette et rédige son traité, a une érudition impressionnante. Il a non seulement lu les auteurs antiques et connaît parfaitement la rhétorique (la logique de son temps), mais aussi Montaigne, Descartes, Pascal, les moralistes français, Spinoza, Bayle, Locke, Berkeley, Shaftesbury ou Hutcheson.

Son livre, avec son ambition, ne connut pas la réception qu’il escomptait. Le succès vint par la suite quand il monnaya ses idées dans des essais sans prétendre au système et en assumant le caractère discontinu des interventions. Il a toujours été difficile de lire le Traité de la nature humaine, et il a été peu lu – surtout en France où la tradition kantienne dominait. Son écriture est trop limpide et cache la rigueur d’analyse. Celle-ci est sinueuse, souvent paradoxale et provocante sous des dehors tranquilles. Surtout, l’allergie à l’empirisme considéré comme trop simple et superficiel est une constante et pas seulement chez les philosophes. Il n’est pas question de parcourir ici la pensée de Hume en son entier. Je me bornerai à trois points clefs qui sont aussi au cœur de l’empirisme.

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