Tribune

Yves Michaud : “De l’urgence de retrouver une politique du temps long”

Temps de lecture : 6 min

Yves Michaud en 2017

Yves Michaud en 2017. © Arthur Maia/Saif images

Cet article est réservé aux abonnés.

Les crises qui s’intensifient depuis quelques mois imposent de repenser différemment notre rapport au temps et à l’histoire. Dans cette tribune, Yves Michaud retrace les errements insouciants des dernières décennies et explique comment retrouver un rapport saint et actif au temps long.

 

Le rétablissement d’un commissariat au plan, confié à François Bayrou en septembre 2020 (mais sans administration propre, ce qui ne présageait rien de bon pour l’efficacité), le projet annoncé le 3 juin 2022 d’un Conseil national de la refondation (CNR) sous l’autorité du même Bayrou, peuvent être vus comme des effets de communication d’un président qui n’a jamais trop su où il voulait aller (le « en même temps »), ou qui cherche à contourner les résultats d’élections législatives perdues. Ils peuvent aussi être vus de manière moins « politicienne » comme une redécouverte de la nécessité de la planification politique réfléchie dans un monde incertain.

Quand la bise fut venue…

Laissons de côté la « petite crèmerie » de la politique (Hegel) pour examiner les raisons profondes de ce changement : la redécouverte du souci du long terme après des années d’insouciance.

Le fait est que règne depuis longtemps un sentiment d’impuissance face à une situation nationale et internationale imprévisible et immaîtrisable. La fin des fronts de classe identifiables a ainsi laissé place aux luttes « intersectionnelles » rassemblant des groupes aux intérêts pas forcément cohérents – tel fut le mouvement des Gilets jaunes, que personne ne vit venir. Les printemps arabes ont débouché sur des régimes encore plus autoritaires que ceux qu’ils avaient ébranlés. La politique africaine de la France, cette indéboulonnable Françafrique, s’est effondrée après dix ans d’intervention militaire au Sahel. L’Union soviétique ressurgit sous le nom de Fédération de Russie.

À quoi bon prévoir ! Certains critiqueront l’aveuglement des gouvernants et experts, d’autres rediront avec Shakespeare et Faulkner que « la vie est une histoire racontée par un simple d’esprit, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien ». On ne peut que faire face au gros temps et parer aux emmerdes qui volent toujours, comme disait Chirac, en escadrille.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Études postcolonialesFait