Métro, boulot, philo
Pourquoi les transports en commun sont-ils une épreuve ?
© Flore-Aël Surun/Tendance Floue
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Au fil des ans, les transports en commun sont devenus le symbole de la fatigue du quotidien et de l’épuisement généralisé. Mais qu’est-ce qui nous affecte autant dans le métro, le bus ou le RER ? Réponse en quelques sentiments et émotions.
L’impatience
Bousculades, claquements de langue, noms d’oiseaux murmurés dans la barbe, coups de coude et regards noirs… Le soir, aux heures de pointe, l’exaspération et l’agressivité des usagers des transports en commun sont particulièrement palpables. Si cet agacement est aussi fort, c’est souvent parce que le temps de trajet initialement prévu est rallongé par les incidents techniques à répétition, les contretemps, les retards et les travaux en tout genre. Dès lors, ce temps devient un temps accidenté, marqué par l’imprévu, habité par l’angoisse de ne pas savoir ce qu’il va se passer. On sait quand le train part, mais on ne sait pas quand il arrivera. Cette incertitude crée les conditions d’une impatience pénible que Vladimir Jankélévitch définit comme un temps « douloureux ». Ces longues minutes d’attente prennent une « lenteur rocailleuse » et semblent « aussi profondes que des siècles », détaille-t-il dans L’Aventure, l’Ennui, le Sérieux.
La situation est d’autant plus difficile que les passagers se sentent impuissants, dans la mesure où ils sont dépendants des transports qu’ils empruntent pour rentrer chez eux. Dans ce genre de cas, personne ne peut accélérer le temps, ce qui peut ressembler à une prise d’otage. « On a beau faire, il faut égrainer un par un les instants », signale Jankélévitch. Indirectement, ce rallongement du trajet prolonge donc également le temps de travail. Lors d’une énième annonce indiquant un retard, le wagon se charge alors de toute la lassitude et de l’épuisement des travailleurs. La fin tant attendue du trajet signe, littéralement, « la sortie du tunnel », la fin de la journée de labeur et le début du temps de repos… jusqu’au prochain métro.