Témoignage
Pourriez-vous être ami avec un rebelle birman ?
“Pyae Sone Aung et moi-même lors de notre dernière rencontre à la frontière birmane, en avril 2024” (Pierre Terraz). © Collection particulière
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Pyae Sone Aung fait partie d’un groupe armé qui combat la dictature militaire au pouvoir en Birmanie. Le journaliste Pierre Terraz, qui s’est rendu pour Philosophie magazine en Birmanie, en Ukraine ou en Palestine, mène une vie normale à Paris. Malgré des existences radicalement différentes, ils sont pourtant devenus amis. Un beau témoignage sur les amitiés improbables, mais qui nous transforment à tout jamais.
Je me souviens parfaitement de ma première rencontre avec Pyae Sone Aung, il y a deux ans. Je me rendais en Birmanie pour un reportage sur les groupes armés qui luttent contre la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’État du 1er février 2021. Retranchés dans des camps de fortune dissimulés dans la jungle, armés de maigres mitraillettes, ces activistes âgés pour la plupart d’une vingtaine d’années ont tout quitté afin de passer de manifestations pacifistes inefficaces à la lutte armée. Partout dans le pays, on parle aujourd’hui d’eux comme « les héros d’une guerre pro-démocratique ».
Planqué à l’arrière d’un pick-up des rebelles, je suis entré clandestinement en Birmanie depuis la Thaïlande. Après un périple où j’oscillais entre l’excitation pure, la terreur de me faire kidnapper ou tuer, et une forme d’humilité si particulière que l’on ressent lorsqu’on a l’impression de vivre un petit bout de la grande Histoire, je suis arrivé dans le repaire de l’armée du Kawthoolei (KTLA) à l’aube. Sous la canopée, plusieurs dizaines de combattants se sont rapidement agglutinées autour de moi, ahuris de voir débarquer un étranger dans le lieu exact de leur planque, dont le secret était jusque-là l’ultime garant de leur survie. Un seul d’entre eux parlait à peu près bien anglais, il s’est adressé à moi comme pour me demander des explications sur ma présence ici.
Première étape : le coup de foudre amical
Dès les premiers jours, Pyae et moi ne nous sommes plus quittés. Souvent, au lever du soleil, il venait me tirer de mon hamac pour arpenter un réseau de dizaines de camps rebelles cachés dans la jungle. Il me faisait rencontrer ses frères d’armes, me montrait comment ils s’entraînaient, se nourrissaient… me faisant même visiter un lieu hautement stratégique : un petit atelier où les insurgés fabriquent eux-mêmes leurs mitraillettes à l’aide d’une imprimante 3D et de matériaux récupérés sur de vieilles voitures. Sur le mur de l’entrée, il était clairement écrit : « Accès interdit à tous ceux qui ne travaillent pas ici. » Mais avec Pyae en guise de traducteur de confiance, je passais partout.