Procrastination, j’écris ton nom

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Procrastination, j’écris ton nom

(cc) Jason Paris / Flickr

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Cet article est issu du numéro 63 de Philosophie magazine « 63 - octobre 2012 », en kiosque le 28 septembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment ne pas être l’esclave de son emploi du temps ? Le philosophe américain John Perry a trouvé une solution : la procrastination, ou l’art de remettre au lendemain. Il lui a consacré un petit essai alerte qui vient de paraître aux éditions Autrement, et dont nous publions ici un extrait.

Voici des mois que j’aurais dû écrire cet essai. Pourquoi ai-je fini par m’y mettre ? Parce que j’ai du temps libre ? Eh non ! J’ai des copies à corriger, des commandes bibliographiques à passer, un projet de la National Science Foundation à évaluer et des thèses à diriger. Si j’ai décidé de me lancer dans cette entreprise, c’est justement pour me soustraire à toutes ces corvées. Telle est l’essence de ce que j’appelle la procrastination structurée, stratégie épatante dont j’ai découvert qu’elle transforme les procrastinateurs en foudres de guerre, respectés et admirés pour leur zèle infatigable et le bon usage qu’ils font de leur temps.

(Une stratégie dont je revendique, sinon la découverte, du moins la redécouverte : en 1930 déjà, dans une chronique du Chicago Tribune parue sous le titre “Comment venir à bout de vos corvées”, l’humoriste Robert Benchley [1899-1945] affirmait qu’“il est possible de tout faire, à condition de ne jamais faire exactement ce que l’on est censé faire”. Benchley venait de mettre le doigt sur un axiome fondamental, qui n’a sans doute pas échappé à d’autres fins connaisseurs de la nature humaine. Un jour, il faudra que j’approfondisse ces recherches…)

Procrastiner, c’est remettre au lendemain ce que l’on devrait faire le jour même. La procrastination structurée est l’art de mettre à profit cette faiblesse de caractère. Mais, attention, procrastiner n’équivaut pas à ne rien faire du tout. Le procrastinateur est rarement inactif : il s’adonne à des activités utiles mais marginales, comme jardiner, tailler des crayons ou griffonner un diagramme qui prévoit comment classer ses dossiers. Pourquoi s’emploie-t-il à ces activités ? Parce qu’elles sont prétexte à se soustraire à une tâche plus importante. Si le procrastinateur n’avait rien d’autre à faire que de tailler des crayons, aucune force au monde ne pourrait l’y pousser. Afin qu’il soit motivé pour s’acquitter d’une besogne pénible, urgente et importante, il faut que celle-ci lui permette d’éviter une autre besogne plus importante encore.

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