Progrès et barbarie
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Cet article est issu du numéro 67 de Philosophie magazine « 67 - mars 2013 », en kiosque le 21 janvier 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« J’ai composé ces Dernières Nouvelles du Sud pour donner la parole à ces “illustres perdants”. En brossant cette galerie de portraits je cartographiais les effets d’un changement inexorable. Ces “perdants” sont les victimes d’un système économique mis en branle à partir de 1996, lorsqu’a débuté la politique de la grande privatisation en Patagonie. Ce changement de modèle a façonné un nouveau territoire rendant les Patagons étrangers à leur propre terre. Les grands propriétaires ont charrié avec eux la notion de propriété privée et l’usage du fil de fer barbelé. Les travailleurs de la côte pacifique, avant 1996, se déplaçaient vers la côte atlantique au printemps sans aucun obstacle. Le barbelé, en interrompant les déplacements, a interrompu les communications humaines. Il a balafré cette terre vierge. Une fracture culturelle s’est instaurée. Auparavant, les exploitants de laine se rencontraient dans de petits postes de relais, ils se retrouvaient, troquaient des projets de vie et des biens. On échangeait.