Quand la City détruit la cité

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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Tout s’achète, l’individualisme triomphe, et la société se dissout inexorablement. Qu’elles soient de métier, de classe, ou même familiales, les anciennes solidarités sont sectionnées. Ce constat amer est à l’origine d’un nouveau combat pour retisser les liens entre les hommes.

Selon ses pères fondateurs, le capitalisme devait engendrer une société pacifiée par le « doux commerce », où l’échange finirait par triompher de la stricte séparation des ordres inhérente à l’Ancien Régime, où les logiques d’intérêt bourgeoises, mesurées, remplaceraient le déchaînement des passions aristocratiques… Or, cette vision enchantée du progrès social mû par le développement économique va succomber à la critique de Karl Marx. « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes », affirme-t-il dans le Manifeste du Parti communiste (1847), écrit avec Friedrich Engels. La critique sociale marxiste est matérialiste : elle ne s’intéresse guère aux idéaux progressistes prônés par les défenseurs du libéralisme, et leur oppose l’observation des faits, c’est-à-dire des rapports de domination à l’œuvre dans l’espace social. À l’époque de l’émergence de la société industrielle, la classe bourgeoise exploite la classe prolétarienne : victimes d’accidents de travail, de maladies liées à l’épuisement, mal logés, mal nourris, les ouvriers sont sacrifiés aux froids calculs des détenteurs du capital.

Un siècle plus tard, au terme de la croissance exceptionnelle des Trente Glorieuses, cette critique sociale marxiste peut paraître désuète. En effet, Karl Marx n’avait prévu ni la diminution en nombre ni le délitement de la classe ouvrière, ni l’émergence des classes moyennes, ni l’essor du secteur tertiaire… Les métamorphoses de la société occidentale après 1973 ont progressivement démodé le vocabulaire marxiste : camarade, exploitation, travailleur… L’ancienne division de classe entre prolétaires et bourgeois s’est comme disséminée dans toutes les strates de la société pour opposer les individus entre eux – actifs et passifs, gagnants et perdants, consommateurs et chômeurs. La dynamique de la mondialisation et la concentration de la production des biens manufacturés dans une Chine devenue l’usine du monde ont par la suite achevé de modifier les données du problème.

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