Quand la croissance détruit la planète
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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Ouragans, montée des eaux, désertification… Voici que se profile le temps des catastrophes majeures provoquées par l’homme. Pour survivre, nos sociétés vont désormais devoir accepter de limiter deux valeurs qu’elles pensaient intouchables : le progrès et le profit. Mais cette idée n’est pas neuve.
Le 29 août 2005, l’ouragan Katrina, dont la virulence est sans doute liée au réchauffement climatique, s’abat sur les côtes de la Louisiane. Au choc s’ajoute la stupéfaction de voir la population pauvre totalement abandonnée, alors que les riches ont pu se mettre à l’abri. Pour Isabelle Stengers, auteur d’Au temps des catastrophes, si Katrina nous a tant marqués, c’est qu’il est le modèle des grandes catastrophes écologiques futures, qui verront s’abattre sur un peuple désarmé une nature déchaînée par le productivisme capitaliste.
Explosion démographique des grandes villes, destruction des ressources naturelles et des grands équilibres environnementaux, inégalité devant les catastrophes à venir : voilà réunies les trois grandes menaces sur lesquelles l’anticapitalisme « vert » ne cesse de nous alerter depuis qu’il a vu le jour… il y a deux siècles. En 1798 déjà, l’économiste Thomas R. Malthus expliquait en effet dans son Essai sur le principe de population que les ressources terrestres, à l’accroissement arithmétique, ne suffiraient bientôt plus à nourrir la population humaine, qui croît de manière géométrique. Mais au XIXe siècle le capitalisme européen donne tort aux malthusiens : les avancées des sciences et la mécanisation décuplent les rendements agricoles, le commerce mondial compense le manque de ressources locales, et l’immigration rééquilibre les populations.
Dans le même temps, de virulentes critiques des désastres sociaux et humains du capitalisme montent des mouvements ouvriers, socialistes et anarchistes. Chez certains, elles s’accompagnent d’une dénonciation des graves dommages faits à la nature. Le socialiste utopiste Charles Fourier (1772-1837) développe ainsi une véritable « écosophie », prônant une harmonie à la fois sociale et naturelle. Et Karl Marx, animé par une vision prométhéenne des « forces productives », s’inquiète de ce que « la production capitaliste [...] détruit non seulement la santé physique des ouvriers urbains et la vie spirituelle des travailleurs ruraux, mais trouble encore la circulation matérielle entre l’homme et la terre, et la condition naturelle éternelle de la fertilité durable du sol » (Capital, I).