Dossier / “Comment trouver le bon rythme ?”

Quatre moyens d’en finir avec la pointeuse

Temps de lecture : 8 min

Quatre moyens d’en finir avec la pointeuse

© Melissa Schriek

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Cet article est issu du numéro 183 de Philosophie magazine « Comment trouver le bon rythme ? », en kiosque le 26 septembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Vous croulez sous les échéances intenables et vous avez déjà besoin de vacances ? Philosophes et sociologues du travail vous aident à (re)trouver la meilleure cadence.

 

Le réveil matinal, le « bip-bip » du badge pointant nos heures, le « ting ! » des alertes et des mémos programmés sur le téléphone portable… le temps du travail peuple notre univers sonore. Cette musique, qui ponctue notre existence, nous est souvent imposée de l’extérieur. Elle n’a que faire du rythme des saisons, qui nous donne envie d’hiberner en hiver et de folâtrer en été, ni de la durée de notre vie personnelle, réclamant parfois des temps de répit, pour se remettre d’un deuil, supporter un divorce ou simplement pour organiser une rentrée des classes. Bref, qu’on le veuille ou non, et y compris chez les personnes plus libres de leurs horaires, le travail nous impose une cadence : celle du rendu des dossiers, du chantier en cours ou de la vente à conclure. 

Dans cette temporalité trop rigide, comment trouver des espaces de liberté ? Que peut-on faire, individuellement et collectivement, pour trouver le bon rythme, se couler dans une cadence professionnelle créatrice et épanouissante ? Pour répondre à ces questions, nous avons interrogé quatre chercheurs – sociologues et philosophes – qui proposent chacun une idée susceptible d’initier un changement. Suivez donc avec eux le cours d’une journée rythmiquement idéale.

 

1. Essayer le travail asynchrone 

6 heures du matin. Le fond de l’air est frais, le soleil se lève à peine, tout est calme. Réveillé précocement et emporté par un élan d’inspiration, vous mettez à l’écrit une page d’idées pour le prochain grand chantier. Vous êtes soulagé, car à la dernière réunion vous n’avez pas réussi à en placer une. Vous étiez sans cesse interrompu, voire moqué par quelques collègues, assez pénibles ces jours-ci. En travaillant en dehors de vos horaires habituels, vous venez de faire l’expérience émancipatrice du « travail asynchrone », en décalé par rapport aux horaires habituels des membres de l’entreprise.

Cette façon de travailler permet de trouver son rythme, sans être écrasé par celui des autres : élaborer, dans le silence et l’apaisement, des stratégies et des idées que l’on ne parviendrait pas à proposer dans le contexte bruyant – parfois survolté – d’une réunion collective. Selon la sociologue Aruna Ranganathan, professeure d’entrepreneuriat social à l’université de Californie à Berkeley, le travail asynchrone est particulièrement favorable aux femmes et aux personnes marginalisées, car il « réduit l’impact négatif des préjugés sexistes et des micro-agressions, qui se produisent souvent dans les environnements synchrones à prédominance masculine ». Ce travail en décalé est en quelque sorte une « chambre à soi métaphorique », développe la sociologue, en référence au célèbre essai de Virginia Woolf, Une chambre à soi, qui décrit l’importance cruciale d’avoir la possibilité de s’isoler dans un espace sans être dérangé pour travailler de manière indépendante et créative. En plus de stimuler l’inspiration, le travail asynchrone peut offrir une plus grande liberté dans l’organisation de sa vie quotidienne. Selon une enquête réalisée par OpinionWay pour Slack en 2022, 33 % des actifs interrogés estiment qu’il aide à « mieux concilier sa vie personnelle et sa vie professionnelle », 31 % à « réduire sa fatigue » et 28 % à « réduire son niveau de stress ». 

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