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Que se passe-t-il “entre nous” ?
“Qu’y a-t-il entre nous ?”, installation de Tim Etchells, sur la façade du centre Pompidou (Paris) en octobre 2021. © Tim Etchells
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Qu’y a-t-il entre nous ? C’est la question posée aux Parisiens par l’installation de l’artiste anglais Tim Etchells qui éclairera la façade du centre Pompidou jusqu’au 15 février. Une question au fond très philosophique ! Car entre nous, il y a beaucoup, mais aussi du vide… Histoire de l’entre-nous.
L’« entre-nous » est de prime abord une expression usuelle, bien plus qu’un concept abouti. Pour peu que l’on s’y arrête, la notion suscite pourtant des interrogations. Dans sa structure même, l’entre-nous semble devoir remplir quelques critères fondamentaux. Ce qui est entre nous n’est ni moi ni autrui. Plus encore, il doit se refuser à toute appropriation exclusive par l’un ou par l’autre. Ce qui est entre nous nous sépare irrémédiablement, il institue une distance insurmontable entre nous. Mais il est en même temps la dimension spatiale et temporelle dans laquelle nous pouvons nous rencontrer, nous approcher l’un de l’autre. « L’entre » soutient ma relation à autrui tout en interdisant la fusion. C’est un équilibre délicat de la proximité et de l’écart.
L’entre-deux cosmologique
Plusieurs penseurs ont abordé la question, d’abord d’un point de vue cosmologique. C’est le cas du phénoménologue Eugen Fink (1905-1975) : nous nous tenons tous, ensemble, au sein des « éléments » – l’air, l’eau, la terre, le feu, etc. Nous sommes immergés en eux. Nous ne pouvons nous les approprier. S’ils nous tiennent à distance les uns des autres, ils constituent en même temps notre commune origine, à laquelle nous devons nous arracher pour exister : c’est par le mouvement de séparation, par le repli dans les limites d’une chair propre, que nous existons comme individus. Fink précise la teneur de ces puissances élémentaires en deux pôles cosmologiques distincts. La Terre, d’abord : « La puissance d’être du Refermé », « la nuit de l’être, l’abîme primitivement un, l’abîme unique de l’informe, dont surgissent toutes les formes et dans lequel disparaissent toutes les formes », « le fondement insondable » qui nous porte tous et que d’autres auteurs nommeront « sol » commun (Sein, Wahrheit, Welt [« Être, Vérité, Monde »], 1960). Le Ciel, d’autre part : la puissance d’ouverture, qui libère chaque chose de l’emprise confuse de la Terre et lui permet d’exister par elle-même. Entre nous, il y a l’assise de la Terre et l’ouvert du Ciel qui nous permet de nous avancer vers autrui.