Recherche / Robotique
Quentin Hiernaux : “Dans notre tradition, la plante est placée tout en bas de l’échelle des êtres vivants”
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Cet article est issu du numéro 152 de Philosophie magazine « Sommes-nous si fragiles ? », en kiosque le 26 août 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Une équipe de chercheurs singapouriens s’est lancée dans un projet un peu fou : créer des « robots-plantes ». Une démarche que critique le philosophe spécialiste de la question végétale Quentin Hiernaux.
Des chercheurs singapouriens sont parvenus à faire fermer la mâchoire d’une plante carnivore, la dionée, à l’aide d’un courant électrique. C’est une découverte ?
Quentin Herniaux : On sait depuis la fin du XIXe siècle que l’électricité joue un rôle dans la biologie végétale. Cela a été une véritable découverte : on ne suspectait pas l’existence de ces courants électriques qui évoquent ceux que l’on observe dans le système nerveux des animaux. Ces courants électriques ont d’abord été mis en évidence dans le cas des plantes dites « sensibles », comme la dionée et surtout la sensitive (Mimosa pudica), qui a la capacité de replier ses folioles en une ou deux secondes quand on la touche ou la stimule avec un courant électrique. Le botaniste indien Jagadish Chandra Bose [1858-1937] s’est beaucoup intéressé à ces mécanismes. Ses observations minutieuses sur l’« irritabilité » des plantes, tirées d’expériences sur l’« électrophysiologie » végétale, ont longtemps été ignorées avant d’être redécouvertes. Tout l’intérêt de ses recherches réside dans l’effort de généralisation : les plantes sensibles ne sont pas les seules à réagir aux stimuli électriques, toutes les plantes y réagissent.