Livre
Qu’est-ce qu’être arabe ?
Sofiane Si Merabet. © Augustine Paredes
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Comme toute identité, celle des Arabes passe en partie par le rapport ambivalent qu’ils nourrissent avec l’image que les autres, en particulier les Occidentaux, leur ont renvoyée d’eux-mêmes au cours de l’histoire. Dans un essai personnel et profond, L’Arabe confus (Belfond, 2024), Sofiane Si Merabet, né en France au sein d’une famille d’origine algérienne et vivant à Dubaï, parvient à déverrouiller ce piège et propose une redéfinition plurielle de l’identité arabe. Nous l’avons lu pour vous.
Célébrer le corps, défaire les clichés
On pourrait être étonné qu’un essai consacré à déconstruire les clichés attachés à l’identité arabe s’ouvre sur une première partie essentiellement dédiée à des questions de physionomie. Et pourtant, pour Sofiane Si Merabet, ce préalable est essentiel à sa démarche. L’auteur s’attarde sur les éléments physiques attribués aux Arabes : le nez aquilin, les cheveux bouclés, les yeux noirs et profonds, etc. Détaillant ainsi la représentation des Arabes construite par l’imaginaire orientaliste, l’auteur la remplace peu à peu par le regard qu’ont porté les poètes et chanteurs arabes sur ces mêmes traits. Par exemple, « le nez aquilin [...] au coeur des descriptions racistes » censé être caractéristique de la fourberie et « susciter la méfiance », devient chez les poètes arabes symbole « de pouvoir et d’honneur », comme le veut l’expression “’anf al-qabīla” (أنف القبيلة, “le nez de la tribu”) associant le nez au pouvoir politique. De même, les yeux sombres et pénétrants des femmes arabes ne relèvent plus de l’opacité et de la fermeture ; au contraire, ils sont considérés comme « le centre même de la beauté », selon la poésie pré-islamique.
Par ce renversement, l’auteur opère le geste – si essentiel culturellement – de s’auto-représenter pour se réapproprier son identité. Le but est que celle-ci ne soit plus captive d’un regard dégradant, raciste ou colonial, afin que les individus concernés puissent s’ouvrir à une représentation esthétisée et magnifier d’eux-mêmes. C’est ainsi que chaque ligne du visage ou chaque contour de la silhouette devient la porte d’entrée vers un monde poétique qui n’épuise jamais la richesse de l’apparence. Sofiane Si Merabet rappelle ainsi que l’histoire de la représentation du corps arabe, sa contemplation esthétique et sensible, et sa mise en valeur, ont débuté avant l’Islam lui-même.