Carte d'identités
Qu’est-ce qu’être français ? Les philosophes répondent à François Bayrou
(De g. À dr.) Michel de Montaigne, Victor Hugo, Simone Weil, Edouard Glissant. © Domaine public - ©Sipa
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Le Premier ministre François Bayrou a appelé à relancer un grand débat sur ce que signifie aujourd’hui « être français ». Au-delà des droits et de devoirs de chacun, « À quoi croit-on quand on est Français ? », a-t-il demandé. Nous avons posé la question aux philosophes, de Montaigne et Voltaire à Édouard Glissant et Jacques Derrida. À vous de trouver, parmi leurs réponses, celles qui se rapprochent le plus de la vôtre.
Aimer se rebeller… sauf contre Paris
Michel de Montaigne
« Je ne veux pas oublier ceci : j’ai beau me rebeller contre la France, je vois toujours Paris d’un bon œil. Cette ville a conquis mon cœur dès mon enfance. Je l’aime par elle-même, plus par ce qu’elle est tout simplement que renforcée d’apparats étrangers. Je ne suis français que par cette grande cité. C’est la gloire de la France, et l’un des plus nobles ornements du monde. Puisse Dieu chasser loin d’elle nos divisions ! Si elle est entière et unie, elle est à l’abri de toute autre violence. »
— Michel de Montaigne, Essais, livre III (1580).
Ancré dans la ville et la région de Bordeaux, Montaigne fait de la rébellion un des ressorts paradoxaux de l’identité française. Diplomate et philosophe, l’auteur des Essais (1580) séjourne plusieurs fois à Paris au cours de sa vie. Celui qui fut élu maire de Bordeaux en 1581 renouvelle plusieurs fois son amour pour cette ville, notamment dans les Essais, et en fait la raison principale de sa francité. Montaigne avait perçu bien avant tout le monde le rôle qu’allait jouer la ville de Paris dans l’histoire longue, centre névralgique de la nation, carrefour de l’humanité et point de rencontre d’un certain centralisme politique et intellectuel.
La ruse, la douceur de vivre… et la sottise
Voltaire
« On aperçut enfin les côtes de France. “Avez-vous jamais été en France, monsieur Martin ?” dit Candide. “Oui, dit Martin, j’ai parcouru plusieurs provinces. Il y en a où la moitié des habitants est folle, quelques-unes où l’on est trop rusé, d’autres où l’on est communément assez doux, et assez bête ; d’autres où l’on fait le bel esprit ; et dans toute la principale occupation est l’amour, la seconde de médire, et la troisième de dire des sottises.” »
— Voltaire, Candide (1759).
C’est en recourant à l’ironie et à s’attachant à la diversité de ses provinces que le penseur emblématique des Lumières définit ce qu’est, selon lui, un Français. Proposant dans Candide une critique mémorable de l’optimisme d’un Leibniz d’après qui Dieu aurait créé « le meilleur des mondes », Voltaire utilise aussi une plume ironique et impertinente pour dresser un portrait peu élogieux du peuple de France, médisant, sot ou fou, en proie à ses passions (politiques, religieuses, amoureuses). Non, pour le philosophe combattant des fanatismes, nous ne vivons décidément pas dans le meilleur des mondes (et des pays) !