Apprentissages
Qu'est-ce qu'une bonne éducation sexuelle ?
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Les adolescents mettent de moins en moins de préservatifs et boudent plus largement toute contraception. En cause, selon l’Organisation mondiale de la santé : l’insuffisance des cours d’éducation sexuelle. Comment parler de sexe avec finesse et sans malaise ? Éléments de réponses avec Simone de Beauvoir, Manon Garcia et Annie Ernaux.
Un tiers des adolescents âgés de 15 ans n’utilisent pas de préservatif, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) mené à l’échelle européenne et publié en août 2024. Et ce chiffre déjà alarmant ne cesse d’augmenter depuis 2014. Selon Hans Kluge, directeur régional de l’OMS la raison est simple : « L’éducation sexuelle complète et adaptée à l’âge reste négligée dans de nombreux pays. » À commencer par la France : Selon le dernier rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, deux tiers des 3 500 personnes interrogées âgés de plus de 15 ans déclarent n’avoir jamais reçu de cours d’éducation sexuelle. Cet enseignement, lorsqu’il existe, est fortement critiqué « sous le prétexte erroné qu’il encourage les relations sexuelles », poursuit Kluge avant de conclure : « nous récoltons les fruits amers d’efforts réactionnaires ».
Haine des corps et silence dans les rangs
Cette offensive réactionnaire vient puiser dans des siècles de haine du corps. Pendant des années, l’enseignement de la sexualité a été absent, ou moralisateur. Il ne s’agissait pas d’apprendre ou de connaître la sexualité, mais de la limiter le plus possible ou de la cantonner à des fins procréatrices. En 1911, le docteur Jacques Amédée Doléris, publie un rapport de référence en la matière, intitulé L’Éducation sexuelle par la famille, par la science, par la morale et l’hygiène, qui vise notamment à « fortifier la lutte contre l’entraînement érotique ».
Pour combattre la masturbation, un certain docteur Simon recommandait en 1828, “d’attacher tout simplement les mains aux barreaux du lit”
Dans son livre L’Harmonie des plaisirs (2008), l’historien Alain Corbin explique qu’au XIXe siècle, les médecins préconisaient aux parents des jeunes filles qui se masturbaient d’avoir « recours à l’emmaillotement, aux gilets de force, à des gilets dont les manches et leurs extrémités seront garnies, sur toute leur surface, de crin coupé à la manière des brosses. ». Un certain docteur Simon, auteur en 1827 d’un Traité d’hygiène appliquée à l’éducation de la jeunesse, recommandait, lui, « d’attacher tout simplement les mains aux barreaux du lit ». Pour d’autres, c’était l’idée même d’éducation sexuelle qu’il fallait abolir. Ainsi, le philosophe catholique polonais Wicenty Lutosławski (1863-1924) estimait que « l’initiation dev[ait] être strictement individuelle et avoir un caractère religieux ». Moralisation, violence, culpabilisation et coercition : voici donc à quoi se résumait en grande partie l’« éducation » sexuelle des adolescents de la première moitié du XXe siècle.
Dans le sillage de la révolution de mai 1968, elle a ensuite été prise en charge par le Mouvement français pour le planning familial mais est restée longtemps absente des programmes scolaires. Elle devait théoriquement intégrer l’école à partir de 2001, en vertu de la loi qui stipule alors que l’éducation sexuelle est « inscrite dans le code de l’éducation » . Cette loi prévoit qu’une « information et une éducation à la sexualité » devront être dispensées dans les écoles et les collèges « à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupe d’âge homogène ». Mais, dans les faits, les séances seront absentes – ou très incomplètes. Par exemple, la première allusion – floue – à l’homosexualité date de 1998, et il a fallu attendre les années 2010 pour que le sujet plus large de l’orientation sexuelle soit abordé dans les manuels consacrés à la question.
Quand l’ignorance mène à la violence
L’absence de savoir, la méconnaissance profonde du corps, est source d’inquiétudes, de malentendus… et de violences. Ne pas connaître son corps ni les principes de la sexualité peut avoir des conséquences sur la santé publique, tant sur le plan physique que sur le plan moral. Selon une enquête de l’OMS menée entre 2000 et 2018 dans 161 pays, 24 % des adolescentes en couple – soit 19 millions de jeunes filles – ont été victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur partenaire intime avant l’âge de 20 ans.