Florilège
Qu’est-ce qu’une habitude ? Réponse en 10 textes essentiels, d’Aristote à Merleau-Ponty
De g. à dr. et de haut en bas.
Aristote, Emmanuel Kant, Arthur Schopenhauer, David Hume.
Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Saint Augustin, Maurice Halbwachs, Maurice Marleau-Ponty.
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Pour Aristote, elle permet de devenir un être éthique en répétant les bons gestes, alors que pour Kant, elle est le tombeau de la liberté. Pour Hume, elle nous fait croire que ce qui se répète est régi par des lois, alors que pour Merleau-Ponty, elle rend nos corps agiles. Panorama textuel des grandes conceptions philosophiques de l’habitude.
Aristote : une entrée dans la vie éthique
La vertu s’acquiert par l’habitude : c’est la répétition des actes bons, justes, honnêtes, qui installent en nous une disposition à la bonté, à la justice, à l’honnêteté. Telle est la conviction d’Aristote. Pour le philosophe grec, développer des bonnes habitudes est essentiel à une vie éthique et heureuse.
“La vertu morale […] est le produit de l’habitude, d’où lui est venu aussi son nom, par une légère modification d’ethos. […] C’est en accomplissant tels ou tels actes dans notre commerce avec les autres hommes que nous devenons, les uns justes, les autres injustes ; c’est en accomplissant de même telles ou telles actions dans les dangers, et en prenant des habitudes de crainte ou de hardiesse que nous devenons, les uns courageux, les autres poltrons […] Ce n’est donc pas une œuvre négligeable de contracter dès la plus tendre enfance telle ou telle habitude, c’est au contraire d’une importance majeure, disons mieux totale”
Aristote, Éthique à Nicomaque (IVe siècle av. J.-C.)
Augustin : une seconde nature
« La coutume est une seconde nature », dira Montaigne. La formule est bien connue, mais l’auteur des Essais l’emprunte en réalité à d’autres comme saint Augustin qui, avant lui, ont souligné combien la répétition transforme des gestes conscients, médiatisés par la réflexion et la volonté, en des gestes réflexes, presque aussi naturels que respirer.
“L’habitude, dit avec raison le proverbe, est une seconde nature, une nature, pour ainsi parler, artificielle”
Augustin, Traité de la musique (vers 387)
Hume : l’illusion de la nécessité
Comment savons nous que le soleil se lèvera demain ? Nous n’en savons rien, affirme l’empiriste David Hume : nous inférons cette conclusion de ce que, tous les jours de notre vie, le soleil s’est levé après la nuit. Nous n’avons aucune certitude de la nécessité des lois causales supposées régir le monde ; c’est l’habitude qui, seulement, nous persuade de cette nécessité.
“Il apparaît donc que cette idée d’une connexion nécessaire entre des événements provient d’une pluralité de cas semblables qui se présentent, de constante jonction entre ces événements ; et cette idée ne saurait jamais être suggérée par aucun de ces cas en particulier, examiné sous tous les points de vue et dans toutes les positions possibles. Mais il n’y a rien dans une pluralité de cas, qui diffère de chacun des cas particuliers, qu’on suppose exactement semblables ; excepté seulement qu’après une répétition de cas semblables, l’esprit est porté par habitude, lorsque apparaît l’un des événements, à attendre son concomitant ordinaire, et à croire qu’il existera. Cette connexion que nous sentons dans l’esprit, cette transition habituelle de l’imagination de l’un des objets à son concomitant ordinaire, tel est donc le sentiment ou l’impression d’où nous formons l’idée de force ou de connexion nécessaire”