Entretien

Raconter pour exister : Lina Soualem rend hommage à sa famille palestinienne dans “Bye Bye Tibériade”

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Raconter pour exister : Lina Soualem rend hommage à sa famille palestinienne dans “Bye Bye Tibériade”

Santa Monica, Californie (États-Unis), le 25 février 2024. Lina Soualem assiste aux “2024 Film Independent Spirit Awards”. © Frazer Harrison/Getty Images/AFP 

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Plongeant au cœur de l’histoire de sa famille palestinienne, la réalisatrice Lina Soualem révèle dans son dernier film Bye Bye Tibériade, en salle depuis le 21 février, quatre générations de femmes qui portent en elles les échos d’une mémoire collective. Un récit intimiste qui mêle les douleurs de l’exil palestinien aux aspirations individuelles des femmes de sa lignée. Entretien.


 

Lina Soualem : Mon film Bye Bye Tibériade raconte l’histoire des femmes palestiniennes de ma famille : ma mère, ma grand-mère, mon arrière grand-mère et moi. J’ai voulu faire exister ces quatre générations de femmes toutes ensemble au même niveau. C’est une histoire de transmission de femmes à femmes, qui fait écho à une histoire collective, celle des Palestiniens. Mais ce qui me tient à cœur, ce sont ces parcours individuels, personnels et intimes de ces femmes. Mon but était de me concentrer sur ce que ces femmes ont vécu et ressenti. J’ai voulu faire exister l’humanité de ces femmes palestiniennes à travers leurs sensations et leurs combats intimes pour que le spectateur puisse se reconnaître ou simplement découvrir. J’ai grandi en France et j’ai longtemps eu l’impression de ne pas avoir eu le droit de raconter cette histoire. Ce film m’a aussi permis de trouver ma place dans cette lignée de femmes. Je crée à travers mes films, des territoires imaginaires dans lesquels j’appartiens à tous ces mondes-là en même temps. Mon premier geste de cinéma était mon documentaire Leur Algérie (2020). Quand mes grands-parents algériens se sont séparés, j’ai commencé à filmer – c’était une nécessité pour moi, comme si je ne pouvais plus avancer dans ma vie si je ne regardais pas le passé en face. C’est un privilège de pouvoir explorer dans son histoire familiale. J’ai hérité du cinéma par mes parents, j’ai eu la chance d’avoir un père qui a beaucoup filmé à Tibériade, donc je possédais beaucoup d’archives. Toutes les familles n’ont pas toujours des traces visuelles. 

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