Société
Rajeunir toujours plus, le sacerdoce des femmes
Rester jeune, un impératif de survie sociale ? © Georges Peters/iStockphoto
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Le 2 septembre dernier, l’ancienne assistante dentaire devenue starlette de téléralité Maeva Ghennam a provoqué une polémique en partageant sa chirurgie esthétique vaginale à ses quelques trois millions d’abonnés sur Instagram (et presque autant sur TikTok). Un « faux-pas » qui, au-delà de la décision personnelle questionnable de la jeune femme, remet le doigt sur un éternel problème : l’implacable diktat du jeunisme face au vieillissement des femmes, dont les femmes sont souvent elles-mêmes à la fois victimes et complices.
« Je trouve que c’est super important d’avoir un beau vagin. J’ai vraiment de la chance, je n’ai pas les lèvres qui dépassent […] C’est trop bien. Là, c’est comme si j’avais 12 ans. » Dans une vidéo filmée en mode selfie, Maeva Ghennam, 24 ans, starlette de la téléréalité révélée dans l’émission Les Marseillais vs. le reste du monde, s’est félicitée de sa nouvelle transformation physique, obtenue par « radiofréquence et mésothérapie sans injection ». Un rajeunissement vaginal – car il s’agit bien de cela – qui a créé une polémique sur les réseaux sociaux, ses détracteurs lui reprochant d’entretenir les complexes des femmes au sujet de l’aspect de leur sexe, tout en employant un vocabulaire déplacé à propos des filles prépubères.
Le tollé suscité par ces propos renvoie sans doute à un problème de société plus large. La nymphoplastie ou labioplastie est un phénomène social qui ne cesse de gagner du terrain chez certaines femmes, et pas seulement les plus âgées. Un nouveau « canon de beauté » s’est de toute évidence installé dans l’inconscient de nombreuses (principalement jeunes) personnes, selon lequel un « beau » sexe est une vulve avec une simple fente sans petites ni grandes lèvres qui dépassent (à ce titre, précisons que Ghennam parlait en fait de sa vulve et non de son vagin).
Rester jeune, un impératif de survie sociale ?
Soixante-dix ans avant ce (micro)-événement médiatique, Simone de Beauvoir nous mettait déjà en garde contre la juvénilisation imposée aux femmes dans les normes sociales. C’est essentiellement dans ses études sur la vieillesse que se lit cette critique des archétypes féminins. Vieillir est un drame pour la femme, dont Beauvoir nous partage l’expérience sans détour et de façon très personnelle, pensant à partir de son propre corps : « Déjà à quarante ans, je suis restée incrédule quand, plantée devant mon miroir, je me suis dit : “J’ai quarante ans” », écrit-elle dans La Vieillesse (1970).