Élections européennes

Raphaël Glucksmann, portrait d’un gramsciste de gauche

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Raphaël Glucksmann, portrait d’un gramsciste de gauche

Raphaël Glucksmann. © Ugo Amez/Sipa

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Quelles sont les idées de Raphaël Glucksmann, candidat PS/Place Publique aux élections européennes du 9 juin devenu le « troisième homme » du scrutin ? Pour le savoir, nous avons lu ses ouvrages et explorons ses grandes références philosophiques. 


 

Le fondateur de Place publique, mouvement politique créé en 2018, créera peut-être la surprise au scrutin européen du 9 juin. Avec à peu près 13% d’intentions de vote, il dispute en effet la deuxième place, loin derrière le Rassemblement national (plus de 30% dans les sondages), à la liste Renaissance de Valérie Hayer (14%). Bénéficiant notamment des voix des macronistes de gauche et des déçus de la France insoumise, Raphaël Glucksmann espère réinventer le courant social-démocrate lessivé par les déroutes socialistes.

Pour comprendre son parcours et ses idées, nous avons lu les cinq principaux ouvrages de cet enfant du courant post-soixante-huitard (incarné par son père le philosophe antitotalitaire André Glucksmann). Ces livres obéissent évidemment à un agenda politique et se présentent comme des appels à rejoindre son combat. Mais ils sont imprégnés de philosophie, et dessinent, en creux, le portrait d’un adepte d’Antonio Gramsci (1891-1937). Ce marxiste italien, qui a passé une grande partie de sa vie dans les prisons fascistes, était persuadé que le combat politique ne peut être gagné que par la victoire préalable d’une idéologie et même d’une vision du monde. L’hégémonie culturelle est la condition de la conquête politique.

Cette stratégie est devenue celle de l’extrême droite intellectuelle depuis les années 1970. Elle s’avère payante aujourd’hui, avec la domination médiatique et atmosphérique des idées issues de ce courant. C’est précisément sur ce terrain que Raphaël Glucksmann entend inverser le mouvement de balancier, et imprégner les esprits d’idéaux de gauche. Il apparaît ainsi comme le dernier gramsciste de gauche. Voici de quelle manière.

Itinéraire d’un enfant gâté

Avec un destin peu commun, le fils d’André Glucksmann, qui a côtoyé dans l’appartement familial tous les intellectuels de gauche et les dissidents de son temps, part d’un constat à la fois amer et révolté. Dans Génération gueule de bois (Allary Éditions, 2015), il se décrit comme le représentant d’une « génération vernie », née au moment de « la mort des idéologies et [de] la disparition des périls ». Contrairement à ses parents et grands-parents qui « avaient vaincu le nazisme, le fascisme, le communisme, les religions, les idéologies, les nations aussi, et les États avec elles », il a dix ans lors de la chute du mur de Berlin et de la disparition du totalitarisme soviétique. L’heure est à l’euphorie démocratique, à la certitude que les droits de l’homme vont triompher partout. Mais « vingt-cinq ans plus tard, nous avons la gueule de bois », reconnaît-il. Au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, il constate que les dirigeants et les intellectuels n’ont souvent pas vu monter – et n’ont pas voulu nommer – la menace islamiste. Et il est bien placé pour comprendre que la démocratie recule sous les coups des régimes autoritaires et des mouvements populistes.

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