“Affaire Marine Le Pen”
“Rendre la justice ne devrait pas devenir un acte de courage” : la magistrate Magali Lafourcade réagit à la condamnation de Marine Le Pen
Magali Lafourcade. © CP
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La condamnation de Marine Le Pen à l’inéligibilité assortie d’une exécution provisoire bouleverse la vie politique française. Peut-on pour autant parler d’un « coup d’État de droit », comme l’affirment les responsables du Rassemblement national (RN) ? La magistrate Magali Lafourcade dénonce une attaque populiste contre les juges et la justice.
« La décision de condamner Marine Le Pen est-elle juste ? Il ne m’appartient pas de dire si la décision est juste ou non. En revanche, je peux souligner que cette décision intervient à l’issue d’un processus qui a respecté scrupuleusement les principes directeurs de la procédure pénale – avec une enquête fouillée, des mises en examen respectueuses des droits des parties, des voies de recours qui ont été largement utilisées à tous les stades, puis deux mois d’audience où toutes les preuves ont pu être présentées et débattues, dans le respect du principe du contradictoire. Le document de jugement, qui fait 150 pages, éclaire les raisons pour lesquelles, en fait et en droit, les juges sont entrés en voie de condamnation pour tous les prévenus (sauf un, il y a donc eu une relaxe) et pourquoi ils ont choisi telle ou telle peine en respectant le principe constitutionnel d’individualisation de la peine par rapport à la nature des faits commis par chacun et par rapport à leur personnalité. Ce processus a été mené à son terme dans le respect des principes déontologiques.
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Si les soutiens de Marine Le Pen expriment une telle indignation, c’est d’abord parce qu’ils en ont les moyens : contrairement aux délinquants ordinaires, l’élite politico-financière peut s’offrir une tribune au « 20 heures » de TF1 et envoyer ses lieutenants sur les plateaux télé. Ensuite, parce qu’ils cherchent à construire un récit : attaquer les juges pour occulter les détournements de fonds publics et les atteintes à la probité. La situation est pour le moins compliquée pour le RN, condamné en tant que personne morale : rappelons que le parti a déjà été condamné dans l’affaire des kits de campagne, les faits faisant l’objet du jugement de condamnation se sont déroulés sur une douzaine d’années, ce qui a amené le tribunal à considérer le risque de récidive. Or les membres du RN ont construit leur dédiabolisation en répétant que eux ne « piquaient pas dans la caisse » : ce sont les mots qu’a prononcés Marine Le Pen elle-même. Depuis des années, le parti porte l’idée qu’il faut réformer une justice jugée trop laxiste afin qu’elle soit plus sévère, que les peines aient un effet immédiat, le parti exige le rétablissement des peines planchers. Dans ce contexte, il est difficile pour ses représentants d’encaisser cette décision sans sortir l’artillerie lourde ; c’est pourquoi ils n’ont rien trouvé d’autre que de faire le procès de la justice elle-même, en employant des termes très durs : « coup d’état judiciaire », « mise à mort politique »… et en attaquant les magistrats sur leur indépendance et leur impartialité.