“Affaire Le Pen”
“Les juges perpètrent un assassinat politique” : Yves Michaud réagit à la condamnation de Marine Le Pen
Yves Michaud. ©Hannah Assouline/Opale.photo
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En condamnant Marine Le Pen à l’inéligibilité, le tribunal compromet ses chances de pouvoir se présenter à la prochaine élection présidentielle. Simple application de la loi ou abus de pouvoir ? Pour le philosophe Yves Michaud, il s’agit d’une véritable mise à mort politique. Nous publions ici sa tribune.
Première réflexion : sur l’inéligibilité
Je fais partie de ceux qui considèrent que le citoyen dont émane le pouvoir législatif souverain doit toujours avoir la primauté. Les juges sont chargés d’appliquer la loi, pas de la faire, encore moins de déterminer les choix électoraux en éliminant des candidats qui n’ont tué personne mais dont la moralité laisse à désirer (la moralité laisse à désirer chez beaucoup, même aux plus hautes fonctions, y compris parmi les magistrats…). Montesquieu, lui-même magistrat, promoteur de la séparation des pouvoirs, avait la plus grande méfiance envers le pouvoir judiciaire et ses empiétements.
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La décision d’exécution provisoire immédiate (on admirera le doux euphémisme) de la peine de cinq ans d’inéligibilité prononcée en première instance contre Marine Le Pen confirme la dérive française du pouvoir judiciaire.
Il m’est arrivé, comme à tant d’autres, y compris Marine Le Pen réclamant par le passé l’inéligibilité à vie des politiciens corrompus, de trouver logique l’inéligibilité. C’est une réaction naturelle face à la malhonnêteté politique, avec une vision quand même naïve des hommes et plus encore de la politique. Le jour où elle sera conduite exclusivement par des incorruptibles, on verra – ou plutôt on a vu avec Robespierre et Saint-Just, et on n’a pas forcément envie de recommencer.