Repérages / septembre 2018
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Cet article est issu du numéro 122 de Philosophie magazine « 122 - septembre 2018 », en kiosque le 23 août 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’image
Dans la tête de César ?
C’est une tentation, presque une démangeaison. Face à ce visage, on est pris par l’envie de ramener un homme à ses traits, à sa physionomie. Voici la tête de Jules César reconstituée en 3D. Cette œuvre a été exposée au musée national des Antiquités de Leyde (Pays-Bas). Elle a été conçue par deux chercheurs, qui se sont appuyés sur des bustes du général, ainsi que sur des effigies sur des pièces de monnaie. Le résultat est pour le moins étonnant et éloigné des représentations habituelles – César et son port altier, son nez aquilin… Il est donc difficile d’échapper à des interprétations spontanées : ces petits yeux noirs ne dénotent-ils pas l’ambition, la ruse, voire la fourberie ? Ce crâne énorme n’est-il pas le signe d’un esprit calculateur, pour ne pas dire dérangé ? Nous sommes gagnés par l’idée que l’extérieur est l’expression de l’intérieur. Au début du XIXe siècle, la physiognomonie prétendait déduire le caractère d’une personne à partir de son apparence physique ; une autre discipline, la phrénologie, étudiait la forme du crâne pour cerner l’âme du sujet. Ces deux pseudosciences ont été à l’époque critiquées par Hegel. Le philosophe ironisait notamment sur la phrénologie pour laquelle « l’esprit est un os » (Phénoménologie de l’esprit) – ce qui revient, au nom d’un naturalisme grossier, à nier la liberté. On ne saurait juger un individu d’après son enveloppe, ni même d’après ses intentions cachées, mais seulement au regard de ce qu’il fait objectivement : « L’être vrai de l’homme est plutôt son acte. » Sachant que pour Hegel, les grands hommes ne sont pas conscients du véritable sens de leur action dans l’Histoire. Même avec un crâne pareil, César ne pouvait pas tout calculer…