Repérages / septembre 2019

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Cet article est issu du numéro 132 de Philosophie magazine « Que faire de nos émotions ? », en kiosque le 22 août 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’image

Opération Ronde de nuit

Avec son aspect futuriste, l’imposante structure en verre ferait presque oublier le tableau qu’elle encadre. Et pourtant, il s’agit de l’une des toiles les plus célèbres de Rembrandt, La Ronde de Nuit. Que se passe-t-il dans la galerie d’honneur du Rijksmuseum d’Amsterdam ? Début juillet, une initiative originale y a été lancée : La Ronde de Nuit va faire l’objet d’une analyse numérique puis d’une restauration. Or, grâce à l’écrin de verre conçu pour l’occasion, tout ce travail sera visible pour les visiteurs du musée – plus encore, il sera diffusé en temps réel en ligne. Le directeur du Rijksmuseum, Taco Dibbits, a notamment expliqué que « le public a le droit de voir ce que nous faisons avec la peinture ». Si restaurer un tableau est d’ordinaire un processus réservé aux experts, là, les amateurs n’en sont plus exclus. Figure du pragmatisme américain, John Dewey (1859-1952) appelait précisément à renouer le fil entre les œuvres d’art et ceux qui les con­templent. Selon lui, les œuvres ne doivent pas être séparées, reléguées dans un « monde à part », isolées des « conséquences humaines qu’[elles engendrent] dans la vie et l’expérience réelles » (L’Art comme expérience). Il convient de les replonger dans le flux de l’existence ordinaire afin que les individus puissent se les (ré)approprier, en connaître l’histoire et le sens, ou, comme ici, en saisir la fragilité… À Amsterdam ou sur Internet, telle pourrait bien être la promesse de l’« Opération Ronde de Nuit », qui fait du tableau plus qu’un objet : une expérience participative, ouverte à tous. Cela dit, il faudra se montrer patient : l’analyse puis la restauration s’écouleront sur plusieurs années.

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