“La Fabrique des Idées”
Revivez la masterclass de Catherine Malabou pour “Philosophie magazine”
Capture d’écran de la masterclass de “Philosophie magazine” du 13 janvier 2025, avec Catherine Malabou en compagnie de Martin Legros. © PM
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Mardi 13 janvier, lors du troisième rendez-vous de la saison de la « Fabrique des idées », le cycle de masterclass de Philosophie magazine, la philosophe Catherine Malabou a livré pendant près de deux heures, en compagnie de Martin Legros, une leçon sur la plasticité à l’heure de l’intelligence artificielle et de Donald Trump. Nous vous invitons à retrouver cette expérience de pensée partagée.
« J’ai commencé à penser par moi-même le jour où j’ai arrêté d’avoir peur. Comme tout le monde, j’étais intimidée par cette discipline exigeante et sélective, dominée par les hommes. Et je me suis libérée de cette peur de manière presque militaire : en décidant de me saisir des armes, des postures et des stratégies qui étaient censées être réservées aux hommes. »
C’est ainsi que la philosophe Catherine Malabou a ouvert la lumineuse masterclass de philosophie qu’elle a délivrée ce mardi, au Club de l’Étoile, en public et en visio sur notre site. « On m’invitait à faire de l’esthétique, je me suis attaqué à la métaphysique et à Hegel. On m’invitait à commenter les œuvres des classiques, j’ai forgé mes propres concepts. On m’invitait à ne pas sortir de la philosophie, je me suis emparé de la révolution des neurosciences, hier, de l’IA, aujourd’hui ».
L’Algérie, Sartre et la plasticité
Pendant près de deux heures, la philosophe est revenue sur son itinéraire, celui d’une fille de pieds-noirs née en Algérie trois ans avant l’indépendance : « Je tiens peut-être de cette expérience ma volonté d’indépendance philosophique, je partageais la légitimité de cette aspiration de tout un peuple… tout en la vivant dans la douleur, puisqu’elle impliquait notre départ. » Elle a raconté comment la lecture de La Nausée de Sartre et l’expérience angoissée de la liberté par le héros, Roquentin, devant la racine visqueuse d’un marronnier, avait éveillé son attrait pour la philosophie.
Mais, surtout, elle est revenue sur ce concept central de plasticité – un concept issu de Hegel, de la physique des matériaux, qui s’oppose à l’élasticité, et qui permet de comprendre nos transformations existentielles comme la vie de nos cerveaux. Car telle est son ambition : mobiliser la plasticité pour comprendre les « nouveaux blessés » – souffrant de la maladie d’Alzheimer, de burn-out, de dépression… – qui font éclater l’idée que l’on peut se faire d’un sujet, d’un esprit, d’une identité.
Être anarchiste à l’ère de Trump et de l’IA
Exposant ensuite sa réflexion métaphysique et politique sur l’anarchie – anarchie « de l’être » qui fonde et soutient l’anarchie des communautés –, elle a assumé la difficulté d’être anarchiste quand Donald Trump menace l’État de droit et l’ordre international, et livré une forme d’autocritique sur sa défense, un peu précipitée, des cryptomonnaies (« J’ai cru qu’il y avait là un levier anarchiste contre les banques centrales et les États, c’est beaucoup plus compliqué »). Tout en ajoutant : « Ce n’est pas la technologie qui est dangereuse, c’est l’usage qu’on en fait. ».
“L’amour que l’on peut éprouver vis-à-vis des machines est réel”
Au détour d’un extrait du film Her, de Spike Jonze, elle a suggéré que nous vivons peut-être, à l’heure de l’IA, une transformation majeure dans notre rapport à l’altérité :« L’expérience de l’IA révèle que notre subjectivité est prothétique. On ne peut plus séparer la vie de la machine. Même si on doit critiquer les modèles de langage comme Chat GPT, l’amour que l’on peut éprouver vis-à-vis des machines est réel. Le cerveau émotionnel peut fonctionner dans une relation avec la pure voix de la machine. Dans une société où la solitude est immense, je crois que l’autre peut prendre le visage de la machine. Voilà la ligne de front fascinante sur laquelle on se trouve. »
Enfin, après avoir lu et commenté un passage de l’un des ses derniers livres, Au voleur ! Anarchie et philosophie (PUF), elle a répondu longuement, avec précision et intérêt, aux nombreuses questions des abonnés, à distance et dans la salle.
Au terme de ces deux heures, le public semblait un peu envoûté. Si vous voulez être transformé à votre tour par l’esprit enjoué et utopique de Catherine Malabou, nous vous invitons à la découvrir, ici.