Tribune

Révolte en Iran : “Le régime traite les femmes comme des animaux”

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Capture d’écran tirée d’une vidéo datée du 22 septembre 2022 montrant des manifestants iraniens en train de brûler leurs foulards et d’incendier une poubelle dans la capitale, Téhéran, suite à la mort d’une jeune femme kurde, Mahsa Amini, aux mains de la police des mœurs

Capture d’écran tirée d’une vidéo datée du 22 septembre 2022 montrant des manifestants iraniens en train de brûler leurs foulards et d’incendier une poubelle dans la capitale, Téhéran, suite à la mort d’une jeune femme kurde, Mahsa Amini, aux mains de la police des mœurs. © CGU/AFP

En Iran, les manifestations s’intensifient après la mort de Mahsa Amini, jeune femme arrêtée par la police des mœurs pour un hijab « mal porté » et morte en détention. Nous publions le témoignage engagé d’une artiste iranienne, qui demande à rester anonyme pour éviter les représailles.

 

La tribune d’une jeune Iranienne

« Les femmes iraniennes ont participé à beaucoup de mouvements de protestation auparavant – pour le droit des femmes, contre le port obligatoire du hijab. Mais, aujourd’hui, il s’agit du plus important mouvement de femmes que le pays ait connu depuis le début du régime. Ce qui se passe est considérable. Depuis sept jours, des manifestations ont lieu dans tout le pays. Ce ne sont pas seulement des activistes qui se mobilisent. Tout le monde, des adolescents et adolescentes aux plus âgés, y prennent part.

Les femmes et les hommes qui se soulèvent sont prêts à se battre : ils n’ont peur de rien, ils sont prêts à mourir pour l’emporter. J’ai vu une femme crier aux forces de l’ordre : “Abattez-moi, je ne bougerai pas !” Cette bravoure incroyable, qui évoque celle des héros des vieilles histoires, est magnifique. La colère est immense. Les femmes en ont assez de ces règles stupides qui les oppriment et les conduisent parfois à la mort. C’est ce qui est arrivé à Mahsa Amini. Imaginez : un jour, votre fille de 22 ans est arrêtée par la police des mœurs parce qu’elle ne porte pas correctement le hijab ; le lendemain, elle est morte…

Ce n’est pas un accident isolé. C’est un révélateur de la cruauté avec laquelle le régime traite les femmes. Ils nous considèrent comme des animaux. Moi-même, j’ai été frappée tant de fois pour un voile mal porté. Pourquoi tant de pression pour quelques mèches de cheveux ? Les femmes se filment aujourd’hui en train de se couper les cheveux parce qu’il vaudrait mieux pour elles ne pas en avoir, symboliquement. Le traitement que nous subissons est monstrueux. Mais je crois que les gouvernants sont très inquiets. Ils perdent leurs moyens. Ils sont prêts à tout pour se sauver.

Je ne crois pas, cependant, qu’ils arriveront à se tirer d'affaire aussi facilement cette fois. Les gens n’en peuvent plus. Ils veulent un changement de régime politique, et rien d’autre. Ils et elles veulent pouvoir choisir pour eux-mêmes leur vie sans être contraints par des lois injustes qui instrumentalisent la religion et les traditions pour se légitimer. Bien des femmes portant le tchador manifestent aujourd’hui aux côtés de femmes qui ne portent pas de hijab.

J’espère que le reste du monde nous aidera. Nous avons besoin de vous, de votre attention pour continuer à nous battre. Nous n’avons plus ou presque d’accès à internet, nous devons nous y connecter via des VPN, mais la plupart des VPN ne fonctionnent plus. Nous ne pouvons pas, ou presque, envoyer de vidéos pour montrer au monde ce qui se passe en ce moment. Beaucoup de manifestants sont arrêtés : Yalda Moayeri, Niloufar Hamedi, etc. Des gens sont tués, comme Hananeh Kian, une jeune femme de 23 ans. Donnez-leur noms. S’il vous plaît, soyez notre voix. Soyez la voix des femmes iraniennes ! »

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