Monde / Économie parallèle

Roberto Saviano : “Les trafiquants de drogues sont des capitalistes orgueilleux”

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Roberto Saviano, le 1er février 2023 à Rome

Roberto Saviano, le 1er février 2023 à Rome. © Filippo Monteforte/AFP

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Cet article est issu du numéro 168 de Philosophie magazine « Transclasses. Sommes-nous déterminés par nos origines sociales ? », en kiosque le 23 mars 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comme toute industrie, le trafic de cocaïne ne cesse de s’étendre. Roberto Saviano, auteur du célèbre Gomorra et qui vient de signer Crie-le !, revient sur l’économie illicite de la drogue et prône une légalisation des stupéfiants.

 

Le trafic de cocaïne cherche des débouchés en Europe du Nord via les ports d’Anvers et du Havre notamment. Que nous apprend l’expérience italienne à ce sujet ?

Roberto Saviano : Ces ports ne sont qu’au début de leur développement en termes de trafics de cocaïne. Mais si l’on doit retenir quelque chose des mesures italiennes, c’est la législation anti-mafia, qui a porté ses fruits, même si les problèmes liés à la bureaucratie et à la corruption restent vifs en Italie. La cocaïne est une « marchandise » très rentable du point de vue économique. Investir 5 000 euros dans de la cocaïne pure peut rapporter près de 1 million. Le seul autre marché comparable est celui du pétrole. Je me demande souvent combien de gens se droguent, au fond ? Car les chiffres des centres de désintoxication ne collent pas avec l’immensité du marché. Ce décalage existe aussi dans la culture. En littérature ou sur nos écrans, nous manquons d’œuvres qui nous donnent une idée exacte du trafic de drogue. En philosophie aussi, on s’est très peu intéressé aux mécanismes du pouvoir criminel lié à la drogue. Comme si tout cela était irréel, alors que cela pénètre de plus en plus notre réalité.

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