Théâtre

Robéthique

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Robéthique

Contes et Légendes de Joël Pommerat © Élizabeth Carecchio

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Cet article est issu du numéro 138 de Philosophie magazine « 138 - avril / mai 2020 », en kiosque le 26 mars 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Quelles relations pouvons-nous tisser avec des machines qui nous ressemblent de plus en plus ? C'est la question qui travaille “Contes et Légendes”, le dernier spectacle de Joël Pommerat, dont les scènes sont conçues comme de passionnantes expériences de pensée.

Imaginons un futur proche, où presque plus rien ne permet de distinguer robots et humains. Le metteur en scène Joël Pommerat prend cette hypothèse au sérieux et se demande comment se forgerait alors l’identité des plus jeunes. Dix comédiennes interprètent une bande d’ados, dans une série de scènes conçues comme des expériences de pensée. Faut-il que les robots nous ressemblent pour que nous interagissions avec eux, ou que leur différence soit marquée pour nous garder de toute forme d’animisme ? Le spectacle explore ce que le roboticien japonais Masahiro Mori nomme la « vallée de l’étrange », cette zone de malaise creusée par la ressemblance des androïdes avec nous. Informé, Joël Pommerat évite l’académisme et les poncifs, préférant la complexité des situations : un robot peut-il combler un manque affectif ? A-t-il des droits, une responsabilité pénale ? Dans quels cas ne devrait-il jamais se substituer aux humains ? Dans Vivre avec les robots (Seuil, 2016), les philosophes Luisa Damiano et Paul Dumouchel parlent d’une « éthique synthétique » pour qualifier les réponses avancées, coup par coup, aux dilemmes liés à notre « co­évolution » avec les robots. Selon eux, ces « nouveaux agents sociaux » pourraient offrir « l’occasion d’une meilleure gestion et d’une meilleure compréhension morale de notre vie sociale. Il est des formes de réflexion morale, d’enquête sur qui nous sommes, que peut-être seule la création de partenaires sociaux artificiels – de sub­stituts – peut rendre possible ». Créer des substituts fictionnels éclairant le sens de nos interactions sociales, n’est-ce pas le pari même du théâtre ?

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