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Robot à fleur de peau
© Matter kawai et AI
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Cet article est issu du numéro 161 de Philosophie magazine « Peut-on être lucide et heureux ? », en kiosque le 07 juillet 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Une peau vivante pour recouvrir les androïdes : c’est le projet, un peu fou, développé par une équipe de l’université de Tokyo. Le derme bionique, conçu à partir de cellules humaines, devrait permettre de doter le dispositif robotique qu’il habille de nouvelles capacités, en particulier la manipulation d’objets fragiles, mous ou déformables, qui requièrent beaucoup de délicatesse. Surtout, comme la peau humaine, cette enveloppe protectrice possède l’étonnante capacité de se régénérer. Hasard du calendrier : à l’autre bout de la planète, une équipe de l’université Cornell (États-Unis) présentait sa propre peau artificielle, censée conférer au support robotique une sensibilité aux stimuli – au toucher, à la pression, à la chaleur et aux coupures – bien plus riche que les capteurs classiques. La peau est décidément une source inépuisable d’inspiration pour la robotique de demain. Quelque chose de la peau humaine échappe pourtant dans ces imitations. La peau humaine n’est pas une simple parure, elle est davantage l’affleurement de la chair, comme le dit Levinas dans Autrement qu’être ou au-delà de l’essence (1974) : « L’un s’expose à l’autre comme une peau s’expose à ce qui la blesse, comme une joue offerte à celui qui frappe. » Cette peau dont l’homme ne peut se défaire est une protection mais, plus fondamentalement, elle dit la vulnérabilité d’un corps. « La douleur, cet envers de la peau, est nudité plus nue que tout dépouillement. » De cette vulnérabilité, la peau du robot ne dit rien.