Premiers de cordée

Je grimpe, donc je suis : une session d’escalade avec Arthur Lochmann

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Je grimpe, donc je suis : une session d’escalade avec Arthur Lochmann

Arthur Lochmann. ©Anthony Chanthanakone

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L’essayiste et philosophe Arthur Lochmann est un habitué de l’escalade en montagne. Mais le récent auteur de Toucher le vertige (Flammarion, 2021) est peu familier des murs d’escalade en salle. Nous lui avons donc proposé de l’y accompagner, pour expérimenter le rapport au monde si particulier qu’exprime l’escalade. Récit. 

 

D’un pas pressé, Arthur Lochmann pénètre dans la salle d’escalade, à Montreuil. Son premier mouvement est de lever les yeux… Son regard bute sur un morne plafond. À la différence de l’escalade en montagne, qu’il pratique depuis de nombreuses années, il n’y a pas de ciel, ici. Qu’à cela ne tienne, nous grimperons quand même.

 

Défier la gravité, une expérience existentielle

Après un tour aux vestiaires vient le temps de l’échauffement. L’escalade est un sport de contorsion, car les muscles travaillent autant que les articulations, et les membres autant que la tête. Avant de se lancer sur une « voie », l’alpiniste-philosophe nous parle de sa pratique de l’escalade : « J’ai commencé quand j’allais chez ma grand-mère, qui habite non loin de Chamonix. En vacances, j’ai toujours été à l’air libre. Les montagnes étaient mon terrain de jeu. » En montagne, précise-t-il, la vue est saisie par le vertige, et on a parfois la sensation d’être asphyxié. Notre rapport avec la nature devient autant physique que métaphysique : « Avec l’escalade, c’est un certain rapport à l’espace qui se déploie. » 

“La volonté de s’élever au-dessus du sol permet en effet de sentir ‘la fragilité de l’échelle humaine’”

 

Reprenant les analyses d’Emmanuel Kant dans sa Critique de la faculté de juger (1790), Arthur Lochmann explique que le vertige fait naître le sentiment du sublime, et ouvre donc à ce que Kant appelle le domaine du supra-sensible. L’ambiance en salle n’est clairement pas la même. Va-t-il retrouver ses sensations ? Malgré l’environnement clos et non balayé par les vents, le principe reste le même : défier la gravité. La volonté de s’élever au-dessus du sol permet en effet de sentir « la fragilité de l’échelle humaine ». 

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