Phrase choc
« Les mariages d’amour sont conclus dans l’intérêt de l’espèce et non au profit de l’individu. » Arthur Schopenhauer
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Cet article est issu du numéro 2 de Philosophie magazine « 2 - juin/juil. 2006 », en kiosque le 25 mai 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour Arthur Schopenhauer, la course au bonheur amoureux est un leurre. Dans Métaphysique de l’amour, il démontre que ce qui pousse à l’union des cœurs et des corps n’est que le « vouloir-vivre ».
Vous, jeune homme, qui, le cœur battant, avez déjà fait graver les alliances, ne lisez surtout pas Schopenhauer : cela vous dégriserait. Car savez-vous bien ce qui vous attend, une fois marié ? « Dépense, soin des enfants, entêtements, caprices, vieillesse ou laideur au bout de quelques années, tromperie, cocuage, lubies, attaques d’hystérie, amants, et l’enfer et le diable ! » L’exquise jeune fille va devenir une mégère menteuse et ingrate, qui n’hésitera pas à vous trahir le jour venu. Quant à vous, mademoiselle, ne croyez pas au bonheur éternel auprès de votre prince charmant. Votre vie est vouée à osciller, comme un pendule, de la douleur à l’ennui.
Mais pourquoi diable courons-nous tous après la chimère du bonheur amoureux ? Pourquoi sommes-nous si nombreux à épouser celle ou celui qui fera notre malheur ? L’explication que donne Arthur Schopenhauer de cet égarement est simple. Lorsque nous tombons amoureux, nous croyons qu’il s’agit d’un choix souverain, alors qu’il n’en est rien. Notre moi conscient est sous le joug d’une force inconsciente, le « vouloir-vivre », tyrannique, obsessionnellement tendu vers un unique objectif : la procréation. Le choix de l’être aimé s’opère selon des critères biologiques. Le « vouloir-vivre » pousse chacun vers le coparent idéal, c’est-à-dire celui qui optimise les chances d’engendrer un enfant sinon robuste, du moins viable.