Écologie
Peut-on éradiquer une espèce pour sauver un milieu ?
Vue aérienne de l’île de Juan de Nova, dépendant administrativement du district des îles Éparses, propriété de la France, dans l’océan Indien, au nord-ouest de Madagascar. © EIFFEL/SIPA
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Peut-on, moralement, éliminer une espèce invasive qui menace la survie d’autres formes de vie, comme les rats dans les archipels de l’océan Indien ? La préservation de la biodiversité doit-elle primer la survie des individus ? Ces questions tiraillent depuis longtemps la pensée écologique, sans déboucher sur une réponse tranchée. Tour d’horizon des positions.
Écocentrisme
« Une chose est juste lorsqu'elle tend à préserver l'intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu'elle tend à l'inverse. » Ces mots pourraient être invoqués par les tenants de la campagne de dératisation ayant eu lieu il y a quinze ans dans l’océan Indien. On les doit à l’écologue Aldo Léopold (1887-1948), fondateur de « l’éthique de la terre » (land ethics). Dans cette approche écocentrique, les milieux ont davantage de valeur que les individus eux-mêmes. Ce qui compte en priorité, c’est la préservation de l’équilibre entre les différentes espèces, la préservation de la biodiversité. Ceci autorise le cas échéant, comme le précise le philosophe américain John Baird Callicott (né en 1941), à éliminer une espèce invasive qui menacerait la survie des autres – notamment des espèces en voie de disparition. Leopold était d’ailleurs lui-même chasseur !