Accepter ses rides avec Levinas ?
© Mali Desha/Unsplash
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Depuis des siècles, les êtres humains utilisent des cosmétiques pour lutter contre l’apparition de rides sur la peau de leur visage. Comment expliquer ce combat acharné ? Les rides sont le signe apparent du temps qui nous ronge, souligne le philosophe Emmanuel Levinas. Vouloir y échapper en figeant le visage reviendrait, pourtant, à occulter la manière dont notre humanité, vulnérable, se manifeste dans le monde.
« Ce qu’il y a de plus profond en l’homme… »
Le petit pot de crème vieux de deux mille sept cents ans découvert en Chine en est la preuve : si le souci de la peau a pris, à notre époque, une ampleur considérable, l’homme (peu importe son genre) se préoccupe de la santé de son épiderme depuis des siècles. Comment expliquer cette attention jamais démentie ? Paul Valéry en donne l’indice dans L’Idée fixe (1932) : « Ce qu'il y a de plus profond en l'homme, c'est la peau. »
Si la peau est profondeur, c’est justement qu’elle n’est pas seulement une surface, mais bien plutôt une interface : c’est elle qui délimite les contours du corps, qui protège, en son sein, l’intériorité. Mais la peau est aussi, pour cette raison, la première ouverture de soi sur le monde. Elle témoigne de notre exposition aux éléments, à autrui – à son regard, à son contact, à sa violence. Point de conflagration entre l’intérieur et l’extérieur, la peau garde la trace, la marque, la cicatrice visibles qu’inscrivent dans le corps les événements de notre vie. Elle témoigne de notre appartenance au monde aux yeux d’autrui. Gommer les rides reviendrait, alors, à préserver, par l’artifice, la pureté d’un être qui se rêve indépendant du reste de la réalité.