Clivages

S’accomplir / Se dépasser

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Cet article est issu du numéro 45 de Philosophie magazine « 45 - hiver 2010 », en kiosque le 24 novembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’exigence contemporaine de l’épanouissement fait naître un tiraillement entre authenticité et performance.

Déclin de la morale, perte des valeurs, dissolution des repères : ce diagnostic sur le temps présent semble unanime. Il alimente aussi bien les conversations de café que nombre d’ouvrages sérieux. Notre époque serait donc celle du laxisme, du relativisme et du scepticisme éthiques. De nos jours, plus d’impératifs, mais une négociation perpétuelle ; plus de grands sacrifices, mais une compromission de tous les instants ; plus de normes, mais des droits sans devoirs.

Et pourtant, à parcourir les enquêtes nationales, européennes, voire mondiales sur les valeurs, on voit un portrait bien différent. La famille, le travail, la citoyenneté, la tolérance, et même la quête spirituelle, apparaissent, pour l’immense majorité, comme des valeurs non négociables, qu’il convient de soustraire à l’avancée de la consommation et du marché. Le seul changement, mais il est grand, est que ces valeurs, traditionnelles dans leur contenu, ne sont plus perçues comme s’imposant de l’extérieur (à partir de la religion ou de la société), mais comme issues de l’individu lui-même et mises au service de son épanouissement. « Sois épanoui ! » : tel serait donc le nouvel impératif catégorique de l’éthique contemporaine, que l’on retrouve aussi bien dans l’éducation, que dans le travail ou la retraite.

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