Cinéma
“Saint Omer”, de l’empathie à l’universel
Guslagie Malanda dans le film “Saint Omer” (Alice Diop, 2022). © Laurent Le Crabe
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En relatant le procès d’une mère infanticide, la cinéaste Alice Diop s’empare d’un fait divers pour en tirer la dimension universelle, mystérieuse et humaine, loin des clichés spectaculaires : un film de procès, qui s’ouvre à une réflexion magistrale sur l’identité et sur la monstruosité.
Ce fait divers a défrayé la chronique : quand Fabienne Kabou a abandonné à la noyade sa fille âgée de 15 mois sur une plage de Berck-sur-Mer, en 2013, chacun y est allé de son interprétation, pour donner du sens à ce qui dépasse l’entendement. La réalisatrice Alice Diop elle-même témoigne de sa fascination pour cette histoire, dans laquelle elle a d’abord vu l’incarnation d’une Médée contemporaine : un femme tue sa progéniture dans un accès de folie, peut-être pour se venger de la lâcheté et de l’absence du père. « Je me suis dit que la mer allait l’emporter », a ainsi déclaré la mère, offrant une dimension tragique à son geste. Mais la beauté du film qu’Alice Diop tire de ce drame tient plutôt à son équivocité.