France/Société

Sandra Laugier. “Les liens ne se monnayent pas”

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Cet article est issu du numéro 136 de Philosophie magazine « 136 - février 2020 », en kiosque le 16 janvier 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour la philosophe Sandra Laugier, l’amour et l’amitié sont des liens forts, tandis que la vie collective repose sur les liens faibles, entre des personnes qui se connaissent à peine, dans les lieux publics ou sur les réseaux sociaux, au quotidien. Telle est l’hypothèse de son dernier ouvrage, “Le Pouvoir des liens faibles” (codirigé avec Alexandre Gefen, CNRS Éd.), actualisée par les mouvements sociaux.

Les manifestations, la circulation rendue difficile par les grèves des transports : avez-vous l’impression que le climat actuel est favorable au développement des liens faibles ?

Sandra Laugier : Mon hypothèse est que la démocratie vit largement des liens qui unissent les citoyens, mais de liens ponctuels, sans caractère d’obligation, qui se nouent dans les conversations au café, dans les transports, dans les magasins. Ces liens faibles permettent un échange égalitaire. Les mouvements sociaux récents, les manifestations ou les occupations de place, en France comme à l’étranger, créent des échanges de cette nature. Bien sûr, toute la question est de savoir si ces liens vont « compter » dans la vie des gens, c’est-à-dire avoir un impact assez important pour les marquer et faire qu’ils s’en souviennent. 

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