Au fil des âges

Sept ans de réflexion

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Cet article est issu du numéro 40 de Philosophie magazine « 40 - juin 2010 », en kiosque le 27 mai 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

On oublie qu’il fut un temps, pas si lointain, où c’était l’âge qui nous faisait.

Car jadis les étapes de la vie ne relevaient pas du ressenti ou de la simple apparence. C’étaient des catégories quasi scientifiques qui s’imposaient, indexées sur le cours du monde et l’ordre des choses. Leur comptabilité passionnait d’ailleurs le public, même les plus humbles. Ainsi, les almanachs médiévaux s’inspiraient, avec plus ou moins de fidélité, des doctrines érudites, héritées de l’Antiquité et du grand Pythagore. Plusieurs systèmes comptables étaient alors proposés sous forme de guide pratique de vie.

Un premier modèle saisonnier s’inspirait de la théorie des quatre éléments qui composent le monde sublunaire : l’air, le feu, l’eau, la terre. Chacun de ces éléments était associé à une saison, une humeur, un caractère et un âge. Ils étaient supposés entrer dans la composition de tout ce qui est. L’air était relié au sang, chaud et humide, au printemps, à l’enfance. Le feu renvoyait à la bile jaune (kholè, en grec, qui donnera colérique), mais aussi à l’été et à la jeunesse. La bile noire (de mêlas, noir – kholè, bile ; d’où mélancolique) venait de la terre, et signifiait l’automne, la maturité déclinante. La lymphe, froide et humide comme l’eau, désignait l’hiver, la nuit, la vieillesse. Ces catégories cosmiques formaient un système de correspondances aussi bien théoriques que pratiques qui, jusqu’à une date récente, guidait la pensée médicale et la prescription pharmaceutique. Ainsi, lorsqu’un adulte buvait trop de vin, lequel ressemble au sang, on pouvait s’attendre à ce qu’il retombe en enfance… ne sachant plus ni parler ni marcher !

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