Hors-série "La puissance des femmes"
Simone de Beauvoir et le mythe de la passivité
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 43 de Philosophie magazine « La Puissance des Femmes. Une autre histoire de la pensée », en kiosque le 17 octobre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le Deuxième Sexe
À l’origine de cet ouvrage retentissant, une question : « Qu’est-ce que ça avait signifié pour moi d’être femme ? » Discutant un jour avec Sartre, elle lui dit : « Pour moi, ça n’a pour ainsi dire pas compté. — Tout de même, vous n’avez pas été élevée de la même manière qu’un garçon. […] — J’eus une révélation. » En effet : comme le montre Beauvoir, les femmes sont élevées dans la croyance inconsciente en un mythe, celui de l’« éternel féminin », qui fait d’elles des êtres passifs, fragiles, émotifs, mais surtout secondaires par rapport au genre de référence : le masculin, qui fait office de neutre. Les « hommes » désignent les êtres humains, sans distinction de sexe. La femme est contrainte de se situer par rapport à ce modèle masculin ; elle est un « Autre » perpétuel, caractérisé par un manque, une négation, et dès lors relégué dans une position d’infériorité. « Si je veux me définir, je suis obligée d’abord de déclarer “Je suis une femme”. […] Un homme ne commence jamais par se poser comme un individu d’un certain sexe ; qu’il soit homme, cela va de soi » (La Force des choses). Dès son plus jeune âge, la femme intériorise son infériorité. À chaque étape de sa vie, elle intègre les normes qui pèsent sur elle, et les entretient en les incarnant.