Le livre du jour
“Simone Weil”, par Florence de Lussy
© Presses Universitaires de France
« Le seul grand esprit de notre temps. » C’est ainsi qu’Albert Camus évoquait la philosophe Simone Weil (1909-1943), dont l’œuvre suscite un remarquable regain d’intérêt ces derniers temps, avec plusieurs rééditions de ses textes. Sur le plan politique comme sur le plan éthique ou religieux, Weil n’eut de cesse de se montrer aussi radicale dans ses luttes que passionnée dans ses enthousiasmes. En lui consacrant un « Que sais-je ? », Florence de Lussy nous aide à mieux suivre la vie et l’itinéraire intellectuel d’une femme courageuse, déroutante et libre, comme un fascinant modèle d’intransigeance.
- Une philosophe qui fraternise avec les ouvriers. La « pesanteur et la grâce », le « malheur », l’« attention », l’« enracinement »... : les concepts que Simone Weil travaille ne sont pas nécessairement ceux que l’on trouve communément dans la tradition philosophique. Toute brillante élève qu’elle fut, elle n’a jamais voulu se lancer dans l’académisme d’une carrière universitaire : comme adolescente puis comme professeur de philosophie, elle a toujours été très sensible à la situation d’humiliation vécue par ceux qu’elle appelait « ceux d’en bas ». Elle fut elle-même la première à s’étonner de la sympathie qu’elle éprouvait pour les ouvriers, au point de s’engager personnellement sur les chaînes des usines Renault : « Pour ce qui est de moi-même, écrit-elle, je ne m’explique pas comment il se fait qu’élevée dans un milieu petit-bourgeois et patriote, j’aie été attirée dès l’enfance vers les ouvriers et aie toujours goûté les joies les plus vives à être dans les quartiers ouvriers. »
- Une militante pour la liberté. Sans jamais adhérer au moindre parti, Simone Weil fut une syndicaliste révolutionnaire et communiste mais résolument anti-stalinienne, se situant quelque part entre le marxisme et l’anarchisme. Révoltée par « l’oppression sociale », son expérience d’ouvrière acheva de la convaincre que la liberté ne devait pas être conçue de manière théorique et idéale mais toujours pensée à partir des conditions concrètes d’existence. En effet, aucune liberté n’est possible à ses yeux quand le corps est à ce point asservi au travail que la pensée n’a plus l’horizon pour donner un sens à l’action. Dans ses Cahiers, rédigés sur le vif au jour le jour, Simone Weil fait ainsi partager ses réflexions tandis qu’elle travaille dans les champs, s’engage dans la Résistance ou trouve refuge à Londres.
- Une autodidacte du christianisme. Florence de Lussy explique comment « c’est à partir de cette expérience du malheur de la classe ouvrière [...] que commença à s’effectuer en elle une lente approche du religieux. » Élevée dans une famille de tradition juive, Simone Weil passe progressivement d’un agnosticisme confortable à une ferveur mystique nourrie par le mystère christique. Étonnamment, son amour pour la poésie et le théâtre grec a joué un rôle déterminant dans sa conversion, parce qu’elle y voyait l’expression d’une métaphysique chrétienne et la recherche du sacré. Cette dimension spirituelle a fini par gagner toute la philosophie de Simone Weil au point de lui faire, sinon dépasser, du moins relativiser le matérialisme marxiste : selon ses propres mots, en effet, « on a raison d’être matérialiste si l’on ne tient pas compte du surnaturel ».
Simone Weil, de Florence de Lussy, vient de paraître aux Presses Universitaires de France en collection Que sais-je ?. 128 p., 9€ en édition physique, 6,99€ en version numérique, disponible ici.